‹ Théâtre: Le candidat. Le château des cœursChapitre 151 sur 160 · PAUL, JEANNE · texte numérisé non relu

PAUL, JEANNE

PAUL

C'est toi? c'est bien toi ? M'as-tu pardonné?

JEANNE

Monsieur Paul...

PAUL

Oh ! plus de ces mots-là ! Lève la tète ! toi qui as secouru ma détresse autrefois t-t qui maintenant me délivres, chère providence de ma vie, pauvre amour méconnu ! Et j'ai pu en chercher d'autres ! Ah ! comme j'étais ingrat pour le passé, aveugle pour l'avenir 1 Je me suis laissé prendre,

t )ut le long de ma route, par des illusions funestes, d'autant plus irrésistibles que je retrouvais dans chacun de ces monstres survenant pour me perdre quelque chose de toi, ton image. — Et tu étais, au contraire, si loin !

JEANNE

Oh! pas si loin !

PAUL

Comment ?

JEANNE

Moi aussi, j'étais aveugle!

PAUL

Que veux tu dire ?

J.EANNE.

Vous rappelez-vous cette coquette Parisienne qui vous étourdissait avec son embarras de bagages et de sottises ?

PAUL, riant.

Oui ! oui !

JEANNE, naivement.

C'était moi 1

PAUL

Mais...

JEANNE

Vous rappelez-vous cette lounle petite bourgeoise, dans cette contrée hideufic ?

PAUL

Ah ! ne me parle pas de cette imbécile !

JEANNE, piieuiemeni.

C'était moi !

PAUL

Impossible !

JEANNE

Et celte reine aux splendeurs infinii-s qui d'un geste faisait mourir les hommes...

PAUL

Assez ! N'achève pas !

JEANNE, ff ca.hani lit the diini lt$ maint.

C'était moi !

PAUL recuit d'un pas.

Vous!

JEANNE, lui sautant au cou.

Oui, moi ! Pour te retrouver, pour le plaire, pour que tu m'aimes ! J'ose te le dire maintenant. Mon amour était si fort que j'ai traversé, afin d^

venir jusqu'à toi, touLes les démences et toutes les cruautés du monde. Et comme tu ne l'as pas compris, cet amour, comme tu ne l'as pas même aperçu, — il redoublait pourtant à chacun de tes dédains, — aujourd'hui, pour te sauver, je descends du ciel.

PAUL

Du ciel ?

Ah ! tu ne sais pas, écoute ! J'étais morte ; les Gnomes me trompaient. Les Fées m'ont rendue à la vie! Tu vas me suivre! l'heure a sonné. Viens! viens !

PAUL

Oh ! oui, oui, je te crois! Je savais bien quelle destinée m'était promise. Malgré tous les obstacles, je n'en ai jamais douté... Et tout à l'heure sous le marbre qui m'enfermait, j'en avais l'espoir, l'impatience et l'angoisse ! Partons ! Emmène-moi ! Les Gnomes sont vaincus, laissons la terre !

Je vais te conduire dans un pays tout bleu, où les fleurs, comme les amours, sont éternelles et démesurées. Là, mon bien-aimé, les orages ne soufflent pas; l'immensité tiendra dans nos cœurs, et nos yeux, toujours se contemplant, auront la junnière et la durée des étoiles !

NEUVlt.ME TABLEAU, SCFNE III. 407

PAUL, eircignant Jeanne.

Ah ! délices de mon âme, el'e commence déjà l'étemilé de notre ivresse !

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