‹ Théâtre: Le candidat. Le château des cœursChapitre 152 sur 160 · C£:AC · texte numérisé non relu

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PAUL, JEANNE, LA REINE DES FtES.

LA REINE DES FÉES, qui depuis le milieu de la scène

précédente est descendue lentement du fond,

survenant entre eux deux.

Non ! pas encore !

PAUL, indigne.

Toi, la Reine des Fées ! Mais tu m'avais promis...

LA REINE

As-tu donc oublié notre convention? Tu n'as accompli que la moitié de ton devoir. La seconde est plus difficile peut-élre.

Montrant Jeanne.

Avant d'obtenir la félicité de votre union perpétuelle, il faut remettre aux hommes ce^- ccptirs délivrés par ta bravoure î

Comment pourrai-je, à moi seul... ?

LA REINE, souriant.

Oh ! nous sommes là : les Fées t'aideront ! Tu n'as à t'occuper que de ceux exclusivement qui te sont connus ! Tâche de les convaincre ! qu'ils reprennent leur cœur ! Pour devenir immortel, exécute d'abord l'œuvre d'un dieu !

Paul baisse la tête dans ses mains. On entend au dehors un choeur de voix Joyeuses.

PAUL, levant son visage baigné de larmes.

Ces voix?...

LA REINE

Ce sont les arbres de la forêt, les hommes délivrés qui s'en retournent i

SCÈC^E IV

Les Précédents; DOMINIQ.UE entre par le côté droit, avec un nid sur la tète; en guise de bras, il a deux rameaux chargés de fruits qu'il tient hori:(pntalenient.

JEANNE, émue.

Mon frère ! Comme le voilà !

DOMINIQUE, pleurant.

Mon pauvre maître ! Enfin je vous retrouve. Les larmes m'en coulent comme la pluie le long

NtUVllME TABLCAU, iCtSt IV. 400

du tronc, du corps c'est-à-dire. Je ne peux vous serrer dans mes bras. On a beau me couper les rameaux, ça repousse. Je voudrais tant vous embrasser! Maudite gourmandise, c'est elle qui a tout fait !

En baissant le menton, il mange une prune sur ion épaule, et se remet à pleurer.

Ah! mon Dieu, mon Dieu I

PAUL et JEANNE, ensemble.

Grâce pour lui, bonne Fée !

LA REINE, J r,iul.

Puisque tu l'aimes, soit 1

Aussitôt les deux branches ditparainent. Dominique a dti bras. Dans le mouvement de sa chevelure qui frissonne, le nid tombe de sa tète, des oeufs s'écrasent par terre et un oiseau s'envole.

LA REINE DES FÉES, a Dominique.

Mais tu iras...

DOMINIQUE

Oh ! partout. Depuis que j'ai pris racine:, je ne demande qu'à me dégourdir.

LA REINE, montrant les colonnes.

Tu iras avec ton maître, |>our donner ces ccrurs à tous ceux qui en manquent.

DOMINIQUE

Volontiers !

// considère Us caurs suspendus et se gratte l'oreille.

Mais... vu la quantité, nous allons avoir une cargaison d'une lourdeur... !

LA REINE

Non! regarde.

Les caurs se rapetissent à la dimension d'une noix. Une surface dorée les enveloppe.

DOMINIQUE

Oii ! que c'est drôle ! comme c'est drôle ! Pas de paresse ! grimpons-y !

// va pour monter à la colonne de gauche au premier plan

LA REINE

Non ! baisse-toi !

Le chapiteau de la coldnne à gauche et celui de la colonne à droite, s' entr' ouvrant i laissent tomber une pluie de caurs,

DOMINIQUE, les ramassant.

Ou dirait, vraiment, des bonbons de sucre !

LA REINE, ii n'en seront que plus faciles à prendre. A Paul, qui reste immobile au pied de la colonne de droite.

Que fais-tu donc? Tu restes là !

PAUL, j pjrif murmurant.

Et je la perds au moment de ma victoire, quand tout semblait fini et que je croyais enfin la tenir !

JEANNE, tupplidni.

Oh! ne sois pas désespéré... Va-l'en, si tu m'aimes. Tu ne connai? pa^ le destin. Fais ce qu'elle ordonne, tout de suite, tout de suite I

DOMINIQUE

Allons! mon pauvre maître, encore un petit voyage, le dernier !

Paul étend son manteau, et reçoit des caurt peiduit que Dominique en bourre ses pcches.

LA REINE, montrant l'horizon.

Va ! maintenant.

PAUL, se tournant *ers Jeanne pour Vemhrasser.

Jeanne !

LA REINE, r.cartant d'un geste.

Non ! à ton devoir ! le sien est accompli sur la terre. Je la transporte dans des régions où elle attendra, pour vous retrouver, que ta vertu t'ait fait digne de son amour.

Paul et Dominique remontent vert le fond et gratisseni Vetca' lier en ruines en trébuchant parmi les pierres.

JEANNE

Adieu !

PAUL, de loin.

Adieu !

Dominique se retourne pour envoyer un baiser. Tous les chapiteaux de toutes les colonnes s' enir' ouvrent et laissent tomber un ruisseau de caurs d'or. En même temps, des deux cotes, les Fées envahissent la scène en tourbillonnant et recueillent les caurs dans le pan de leurs robes. — Au premier plan, Jeanne, émue, est restée avec la Reine qui lui tient la main. — On aperçoit Paul et Dominique à l'extrême hori-^on.

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