‹ Théâtre: Le candidat. Le château des cœursChapitre 153 sur 160 · LA FÊTE DU PAYS · texte numérisé non relu

LA FÊTE DU PAYS

Un beau parc dans les environs de Paris, chez le banquier Klockher. Des deux côtés de la scène il y a de grands arbres. — Au fond un petit mur soutenant une terrasse, avec un escalier de pierre au milieu. Sur chaque marche de l'escalier, aux deux bouts, un vase de fleurs. D'autres vases sont alignés sur la dalle du mur. Au delà, on aperçoit la campagne avec Paris dans l'éloignement. Le milieu de la scène se trouve occupé par une pelouse de gazon.

MONSIEUR ft .MADAME KLOEKHER LETOURNEUX, ALFRED DE CISY

414 t-E CHATEAU DES COEURS. j

ONÉSIxME DUBOIS, MACARET, CO- ,

LOMBEL, BOUVIGNARD, Invités, j

Messieurs et Dames^ tons en élégants costnmes '

d'été. 1

Cest le soir. Au lever du rideau les invités arrivent far la gauche et se répandent sur la scène. Madame Kloekher donnant le bras à Alfred, Bouvignard se précipite à droite, seul, à l'écart, et tire de sa poche une petite cruche de faïence, enveloppée dans son mouchoir, qu'il découvre et se met à contempler.

MADAME KLOEKHER, respirant largement.

Enfin, ici, on respire ! car celte fête du pays, avec ses trompettes et sa grosse caisse, nous a ennuyé si fort durant le dîner...

MONSIEUR KLOEKHER.

Ah ! voilà ! Le jour qu'on choisit pour recevoir ses amis, Messieurs les gens du peuple s'amusent!

LETOURNEUX

Si au moins dans leurs divertissements ils respectaient la morale!

MACARET.

Puis, ils viendront crier misère à la porte de notre usine...

COLOMBEL

Et il faudra les recevoir dans les hôpitaux, 011 l'on perd à les soigner un tem[>s...

// sort.

LETOURNEUX, gjitmtni.

Et dire que de vieux camarades comme nous ont été sur le point de se fâcher, mon pauvre Kloekher !

KLOEKHER.

Comment sur le point ? Nous étions furieux I

// rit.

Ha ! ha î

LETOURNEUX, riant.

A propos de quoi, je vous le demande? Pour ce petit monsieur Paul.

KLOEKHER, ^i*ec une colère concfilrre.

L'intrigant !

ALFRED, haufsani let ipaalei.

Un fou I...

MADAME KLOEKHER.

Un véritable drôle !

Elle s'assoit sur le banc a gauche. Alfred te m. t prêt Xt'lt,

4l6 LE CHATEAU DES COEURS.

KLOEKHER.

Sait-on au moins ce qu'il est devenu ?

ALFRED

Non ! Sombré.

MADAME KLOEKHER.

Vous ne pleurez pas, Onésime, vous, son ami ?

ONÉSIME

Moi, Madame ! jamais de la vie, je vous jure.

MADAME KLOEKHER, riait.

C'eût éié fort beau, cependant, que de le voir, la semaine prochaine, à vos côtés, comme témoin de votre mariage.

KLOEKHER.

Eh! mon Dieu, ne causons plus de ce misérable ! Si nous faisions quelques pas, Letourneux, hein, pour régler les bases de notre opération!...

LETOURNEUX

Avec plaisir !

Letourneux et Kloekher se mettent à se promener du haut en bas de la scène.

MADAME KLOEKHER, à Onèsime.

On la dit une excellente personne, votre fiancée ?

DIXIÈME TABLEAU, SCÈM I. 417

O NÉS! ME

Elle n'est point d'une beauté... extraordinaire. Mais... il y a d'autres avantage^.

MACARET, li Oneiime.

Qu'a-t-il donc, Bouvignard? il semble absorbé dans une contemplation...

/// vont à lui.

BOUVIGNARD, a Ont si me.

Vous qui cte; artiste, examinez-moi cela ! Quels filets ! quel émail !

Onètime veut prendre le pot.

Prenez garde ! Non ! je vais vous le démontrer moi-même.

Bouvignard, Oifsinte et Macaret retient debout a examiner le pot que Bouvignard leur montre sur toutet les facei. Mme Kloekher est assise sur le banc, a gauche, avec Alfred. Letouraeux et Kloekher se promènent de haut en bas.

MADAME KLOEKHER, a demi-voix.

Ainsi c'est convenu ? je recevrai pour samedi mon invitation chez madame la comtesse de Trémanville ?

ALFRED

Et pour tous ses autres samedis.

Kloekher et Letourneux passent en gesticulant.

Ma tante s'e^•t fait prier, je vous l'avoue. La

4l8 LE CHATEAU DES COEURS.

différence des mondes, des quartiers, je veux dire...

A part.

Attrape, ma petite bourgeoise !

MADAME KLOEKHER.

Oh ! merci ! et il ne faudra plus me faire des terreurs, comme l'autie jour.

ALFRED

Non ! non ! bien sur ! C'est que j'avais perdu la tête, à propos de rien; tout s'est arrangé. Je vous adore, Ernestine !

Montrant Kloekher qui repasse.

Vous lui parlerez de moi, n'est-ce pas, comme d'un homme entièrement à lui, prêt à toutes les démarches, et auquel il pourrait, dans son intérêt même, confier ses affaires... les plus capitales.

MADAME KLOEKHER.

Sans doute, mon ami !

ALFRED, à part.

Si elle ne s'y met pas, dans huit jours la Bel* gique !

MACARET

Et vous avez acheté cela...?

DIXliMI TABLEAU, SC-NE II. 410

BOUVICNARD.

Quatre-vingts francs ! — pas un sou de plu-, — ici dans un cabaret, à côtël

On entend un bruit de trompeittt et de groise cjùte. MADAME KLOEKHER, se Uiant.

Encore ! mais c'est intolérable, monsieur KIoskher ; il faudrait se plaindre à raiit<îrité.

Le bruit redouble ; il j'y mile det cris d'enthousiasme et comme le brouhaha d'uie foule.

scè:ke 11

Lrs PRÉcÉDrxTS, COLOMBEL rnitrant.

COLOMBEL

Savez-vous qu'il y a là sur la place, au milieu des boutiques, quelque chose de fort original, d'extraordinaire, une chose très amusante, ma parole ! J'ai vu bien des saltimbanques, mais aucun de pareil à celui-là. Un homme qui vend des coeurs pour un sou I

ALFRED

Ce n'est pas cher !

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