ACTE I, SCÈNE VII
ROUSSELIN
Figurez-vous donc qu'il y a eu mardi huit jours, eu me promenant dans mon jardin, le matin, de très bonne heure ; — je suis agité maintenant, je ne dors plus; — voilà que je distingue, contre le mur de l'espalier, sur le ireillago...
GRUCHET.
Un homme ?
ROUSSELIN
Non, une lettre, une grande enveloppe; ça avait l'air d'une pétition, et qui portait pour adresse simplement : « A Elle ! » Je l'ai ouverte, comme vous pensez; et j'ai lu... une déclaralion d'amour en vers, mon ami !... quelque chose de brûlant... tout ce que la passion...
GRUCHET.
Et pas de signature, naturellement? Aucun indice?
ROUSSELIN
Permettez ! La première chose à faire était de connaître la personne qui inspirait ce délire, et comme elle se trouvait décrite dans cette poésie même, car on y parlait de cheveux noirs, mon soupçon d'abord s'est porté sur Ara belle, notre institutrice, d'autant plus...
GRUCHET.
Mais elle est blonde !
a8 LE CANDIDAT.
ROUSSELIN
Qu'est-ce que ça fait? en vers, quelquefois, à cause de la rime, on met un mot pour un autre. Cependant, par délicatesse, vous comprenez, les Anglaises... je n'ai pas osé lui faire de questions.
CRUCHET.
Mais votre femme?
ROUSSELIN
Elle a haussé les épaules, en me disant : « Ne t'occupe donc pas de tout ça ! »
GRUCHET.
Et Julien là-dedans?
ROUSSELIN
Nous y voici ! Je vous prie de noter que la susdite poésie commençait par ces mots :
Quand j'aperçois ta robe entre les orangers ! et que je possède deux orangers, un de chaque côté de ma grille; — il n'y en a pas d'autres aux environ»; — c'est donc bien à quelqu'un de chez moi que la déclaration en vers est faite ! A qui ? à ma fille, évidemment, à Louise ! et par qui ? par le seul homme du pays qui compose des vers, Julien ! De plus, si on compare l'écriture de la poésie avec l'écriture qui se trouve tous les jours sur la bande du journal, on leconnaît facilement que c'e.'t la même.