ACTE IV, SCÈNE VU
ROUSSELIN
Comment! Tu l'es laissé prendre à ses manières, à tous les embarras qu'il fait?
LOUISE
Moi ! je lui trouve très bon genre !
ROUSSELIN
Et puis, je ne peux pas te donner des détails, mais, entre nous, il a des mœurs!...
LOUISE
Ce n'est pas vrai !
ROUSSELIN
Cousu de dettes ! Au premier jour, on le verra décamper !
LOUISE
Pourquoi? Maintenant il est riche!
ROUSSELIN
Ah ! si tu tiens à la fortune, je n'ai rien à dire. Je te croyais des sentiments plus nobles!
LOUISE
Mais, le premier jour, je l'ai aimé!
ROUSSELIN
Tu as ton petit amour-propfe aussi, toi ! avouele! Tu ne dédaignes pas le flafla, tout ce qui
brille, les titres; et tu serais bien aise, à Paris, — quand je vais être député, — de faire partie du grand monde, de fréquenter le faubourg Saint- Germain... Veux-tu être comtesse?
LOUISE
Mol?
ROUSSELIN
Oui, en épousant Onésime?
LOUISE.* Jamais de la vie! un sot qui ne fait que regarder la pointe de ses bottines, dont on ne voudrait pas pour valet de chambre! incapable de dire deux mots! Et j'aurai de charmantes belles-sœurs! Elles ne savent pas l'orthographe ! et un joli beau-père ! qui ressemble à un fermier. Avec tout cela un orgueil, et une manière de s'habiller! elles portent des gants de bourre de soie!
ROUSSELIN
Tu es bien injuste! Onésime, au fond, a beaucoup plus d'instruction que tu ne penses. Il a été élevé par un ecclésiastique éminent, et la famille
* LA CENSURE a tnleve dans cette page les mots iuivant5 :
Dont on ne voudrait pas pour valet de chambre. Elles ne savent pas l'orthographe.
Par un ecclfsiastique éminent ; on a dit à la place : parfaitement.
ACTF IV, SCèNE VII.
remonte au xii* siècle. Tu peux voir dans le vestibule un arbre généalogique. Pour ces dames, parbleu, ce no sont pas des lionnes... mais enfin !... et quant à monsieur de Bouvigny, on n'a pas plus de loyauté, de. . .
LOUISE
Mais vous le déchiriez depuis la candidature ; et il vous le rendait! Ce n'est pas comme Murel qui vous a défendu, celui-là ! Il vous défend encore! Et c'est lui que vous me dites d'oublier ! Je n'y comprends rien ! Qu'est-ce qu'il y a?
ROUSSELIN
Je ne peux pas t'expliquer; mais pourquoi voudrais-je ton malheur? Doutes-tu de ma tendresse, de mon bon sens, de mon esprit? Je connais le monde, va! Je sais ce qui te convient! Tu ne nous quitteras pas ! Vous \ ivrez ciiez nous ! Rien ne sera changé! Je t'en prie, ma Louise chérie ! tâche !
LOUISE
Ah! vous me torturez!
ROUSSELIN
Ce n'est pas un ordre, mais une supplication !
// st met à genoux.
Sauve-moi !
LOUISE, la main sur son cœur.
Non! je ne peux pas!
ROUSSELIN, avec désespoir.
Tu te reprocheras, bienlùt, d'avoir tué ton père!
LOUISE, se levant.
Ah! faites comme vous voudrez, mon Dieu!
Elle sort.
ROUSSELIN, courant au fond.
Dodart! ma parole d'honneur! vivement!
// redescend.
Voilà de ces choses qui sont pénibles! Pauvre petite! Après tout, pourquoi n'aimerait-elle pas ce mari-là? Il est aussi bien qu'un autre! Il sera même plus facile à conduire que Murel. Non, je n'ai pas mal fait, tout le monde sera content, car il plaît à ma femme!... Ma femme! Ah! encore! C'est ce serpent d'Arabelle avec ses inventions!... Malgré moi... je...
ROUSSliLlN, et successivement , V 0 1 N C H H 1', HOMBOURG, BEAUMESNIL, LEDRU.
ROUSSELIN, apercevant Voinchei,
Vous n'Oies pas à voter, vous ?