SCE'N^E V
BARBAZE, seul.
Ce dont il geint si fort, il l'a bien mérité. Il croyait que l'amour, l'amour avec sa rose,
S'achète à beaux deniers comptants, comme autre chose! Je m'y prends mieux.
// entend Fouquelle chanter à la cantonade.
Fouquette!... Et l'on chante, et l'on rit. // la regarde venir.
Rien qu'à la voir, je sens mon cœur qui refleurit.
FOUQUETTE, chantant, d'abord à la cantonade, pnis en scène.
A quoi la beauté sert-elle?
Chantez!
Chantez sous la feuille nouvelle; Chantez, demoiselle!
C'est pour l'amour qu'on est belle.
Sautez !
Sautez sous la feuille nouvelle; Sautez, demoiselle!
BARBAZE, allant aii-dcvant de Fouquette.
Bonjour, ma chère enfant; vous avez une voix Qui doit rendre jaloux tous les oiseaux des bois. A la place de Zab, quel époux exemplaire Je ferais !
FOUQUETTE.
Vous, monsieur Barbaze?
HBRES CCEURS 7f
Pour VOUS plaire, J'accomplirais sans cesse un miracle nouveau. Je voudrais vous combler. Oui!
FOUQLETTE.
Ce serait trop beau.
Rajeunissez d'abord de quelque vingt années; Puis nous aviserons.
Les vieilles cheminées Font souvent meilleur feu que les neuves.
FOUQUETTE.
Vantard !
Nullement. Pour aimer, il n'est jamais trop tard. // se rapproche de Foitquette.
FOUQUETTE.
Tenir pareils propos, un homme de justice!
Je vous adore.
FOUQU ETTE.
Assez! Faut-il que j'avertisse Le respectable époux à qui j'ai tant coûté ?
Laissez-le sur son âne.
FOUQUETTE, riant.
Est-ce qu'il l'a bâté?
BARBAZE.
Il parle de divorce.
FOUQUETTE.
On s'entendrait sans peine.
Mon ami, faites-nous divorcer. Riche aubaine! Je vous embrasserai de bon cœur, ce jour-là. Délivrez-moi.
BARBAZE.
Parfait! Seulement, pour cela.
J'exige une petite avance d'honoraires; Réglons de vous à moi, sans intermédiaires. Voyons! rien qu'un baiser.
// essaie d'einhrasser Foiiquelle.
SCÈ'K.E VI Les Mêmes, JAPIOT.
JAPIOT, survenant et se plaçant entre Fouquetle et Barhai^e, si bien que celui-ci Vevibrasse en voulant embrasser Fouquette.
Vous m'aimez donc bien fort, Monsieur le juge?
BARBAZE, s'cssiiyaut la bouche avec dégoût.
Pouah!
JAPIOT.
Mais vous n'auriez pas tort.
Sur une grimace de Barbare.
Est-ce le grand soleil qui vous met la cervelle A l'envers?
Laisse-nous!
JAPIOT, prenant un air très sérieux.
J'avais une nouvelle A vous apprendre.
Va!
JAPIOT.
C'est peu divertissant.
Dans votre état, j'ai peur pour vous d'un coup de sang.
BARBAZE.
Tu ris.
JAPIOT.
Je ne ris point.
BARBAZE.
Peste du préambule!
JAPIOT.
Puisque vous le voulez, soit! Votre maison brûle.
BARBAZE.
Ma maison brûle?
JAPIOT.
Aussi, je vous cherchais partout.
Bé! quel feu! Ça s'est mis à flamber tout d'un coup, Et ferme.
y8 THÉÂTRE LÉGENDAIRE
Dieu du ciel, ma maison
// sort en courant.
SCÈ'K.E VII JAPIOT, FOUqUETTEj/'H/VZAB ftGORDANE.
FOUQUETTE.
Le pauvre homme!
JAPIOT, riant.
Innocente!
FOUQUETTE.
C'était un mensonge?
JAPIOT.
Ou tout comme.
Une attrape, un bon tour.
FOUQUETTE, riant anssi.
Que d'aplomb!
JAPIOT, embrassant Fouqnette par surprise.
Il en faut.
FOUQUETTE.
Pas tant que ça!
JAPIOT.
Pourquoi?
// veut l'embrasser encore.
LIBIVES COEURS 79
FOUQUETTE.
Finirez-vous bientôt?
Il l'embrasse de plus belle.
ZAB, survenant sans être vu de Japiot ni de Fouquette et se cachant pour les épier.
Hein !
FOUQUETTE.
Zab avait pris soin de m'enfermer.
JAPIOT.
N'importe!
On sort par la fenêtre, à défaut de la porte.
FOUQUETTE.
C'est ce que j'ai pensé, tiens! S'il n'est pas content, Voilà pour lui.
Elle fait un pied de nc^ du côté de Zab qui, toujours caché, lève le poing, de loin, contre Japiot et Fouquette. D'autre part, arrive Gordane, juste au moment où recommence l'embrassade. Gordane, suffoquée, s'arrête et se cache, de son côté, pour voir et écouter en secret.
GORDANE, à part, avec une rage contenue. Le lâche!
JAPIOT, faisant, à son tour, un pied de ne^ du côté de Gordane invisible.
Et moi, j'en fais autant Pour Gordane. La bête affreuse! elle m'assomme.
FOUQUETTE.
Ils se valent, c'est sûr.
8o THÉÂTRE LÉGENDAIRE
JAPIOT.
Quelle femme!
FOUQU ETTE.
Quel homme!
Fnreuy niiielte de Zah et de Gordaiie.
JAPIOT.
On ne ménage rien avec un tel mari.
FOUQU ETTE.
a Mes florins, mon pauvre or! » toujours son même cri. N'était sa jalousie atroce, dans la rue Monsieur me laisserait m'en aller toute nue.
ZAB, à part, avec colère.
Menteuse!
JAPIOT.
Elle, Gordane, il faut voir ses façons Quand j'en regarde une autre. Ah! nous nous amusons. Elle hurle.
Il rit. Exaspération de Gordane, toujours cachée.
Alors, moi, je tape sans vergogne.
FOUQUETTE.
Très bien !
GORDANE, à part.
Les scélérats !
FOUQUETTE.
Je bats Zab aussi.
JAPIOT.
Cogne !
Guerre au vieux grippe-sou!
LIBRES COEURS 8l
FOUQUETTE.
Foin du torchon malsain!
JAPIOT, attirant Fouquelte vers lui.
Vengeons-nous tous les deux, veux-tu?
Zab et Gordane, ne pouvant plus contenir leur indignation, se précipitent en même temps, l'un sur Fouquette, l'autre sur Japiot.
ZAB
Gueuse!
GORDANE.
Assassin!
Fouquette et Japiot se dérobent si prestement, que Zab et Gordane, ayant pris leur élan pour les gifler, n'arrivent qu'il se gifler l'un l'autre.