SCE'H.E IV ZAB, BARBAZE
BARBAZE.
Entre nous, mon ami, qu'est-ce qui vous tourmente?
ZAB
Rien.
J'y perds mon latin. Votre femme est charmante.
ZAB
11 se peut.
BARBAZE.
Tout est fait pour vous rendre heureux.
ZAB
Oui.
BARBAZE.
Vous devriez avoir le cœur épanoui.
Je l'ai.
Bien vrai ?
ZAB
Bien vrai.
Pourtant, Dieu vous bénisse, Vous m'avez plutôt l'air de couver la jaunisse.
ZAB
C'est mon teint naturel.
Il veut s'éloigner.
Quelle humeur aujourd'hui!
Soyez sincère, Zab. Avez-vous un ennui D'argent? Mille florins, c'est une forte somme. Peut-on vous obliger?
ZAB, lui serrant la main.
Vous êtes un brave homme.
Je donne un bon conseil quand on en a besoin.
ZAB
Eh bien!.,.
// regarde avec défiance autour de lui. Sommes-nous seuls?
Seuls. Tout le monde est loin.
ZAB
J'ai peur des gens. Mais vous, assurément, vous êtes Trop vieux et trop vilain pour faire des conquêtes. Barbaïf, vexe', fait mine de quitter Zah qui le relient. Ma femme...
B A R B A z E , intéirsse, à pari .
Ah! ah!
ZAB, piteusement.
Je suis pour elle un étranger.
Aurait-elle encor droit à la fleur d'oranger?
ZAB
Oui.
BARBAZE.
Vous plaisantez.
ZAB
Non.
BARBAZE, se Contenant pour ne pas rire.
Zab, vous me faites peine.
ZAB
Elle a pleuré d'abord comme une Madeleine.
BARBAZE.
Ça pleure à volonté, les femmes.
ZAB
J'ai voulu La consoler.
C'était votre droit absolu.
ZAB
Alors, elle s'est mise à rire.
Et vous.'
ZAB
Ma tète, Barbaze, la faisait pouffer. J'en restais bête.
Moi, j'aurais tout brusqué, sans jouer au plus fin.
ZAB
Devinez ce qu'a dit l'effrontée, à la fin. C'est incroyable.
BARBAZE.
Bah!
ZAB
« Monsieur, ine lança-t-elle, La princesse est pour moi, qui l'admire, un modèle. Vous savez quelle épreuve à tout galant seigneur Elle impose. Je vous ferai le même honneur. Voulez-vous qu'à vos feux j» devienne propice? Auparavant, passez le pont du précipice! »
BARBAZE.
Elle a le diable au corps.
« Mais, a-t-elle repris,
Outre qu'un bon cheval est toujours d'un haut prix,
En équitation vous êtes un profane.
Donc, pour ce bel exploit, mon vieux, prenez un àne. »
BARBAZE, riant malgré lui.
Un âne!
ZAB
Vous trouvez ça drôle?
BARBAZE.
Presque pas.
Fouquette vous a mis dans un fort mauvais pas.
ZAB
Si je divorçais?
BARBAZE.
Oh!
ZAB
Tant de froideur m'atterre,
BARBAZE.
Pour divorcer, il vous faudrait un adultère Flagrant, et constaté par des gens très malins.
ZAB
Rentrerais-je du coup dans mes mille florins?
BARBAZE.
La moitié seulement vous serait, par justice. Allouée aussitôt sur les biens du complice, Qui devrait épouser Fouquette, d'autre part.
Supposons-le déjà marié, le pendard.
Le cas entraînerait un deuxième divorce.
ZAB
Qu'on soit plus généreux, s'il faut à toute force Que nous en venions là! Vous dites la moitié De mon argent. Mettons les trois quarts.
Sur un geste négatif de Baiha\e.
Par pitié !
Je n'y puis rien.
ZAB
Songez qu'elle n'est pas encore...
J'entends. L'autorité, mon cher Zab, en ignore.
ZAB
Ce n'est pas juste. A quoi sert donc l'autorité?
Zah se prend la tète avec desespoir et s'éloigne à grands pas.