‹ Théâtre légendaireChapitre 2 sur 74 · SALOMON, NATHAN · texte numérisé non relu

SALOMON, NATHAN

Soldats de la Garde Héroïque et de la Garde

Cretoise.

Salomon, précédé et suivi de ses Gardes, qui se rangent au fond de la scène et des deux côtés, s'avance vers le trotte dressé pour lui sur la Place.

NATHAN, s' approchant du trône où va monter Salomon.

JE me prosterne au pied du trône de justice. Veuille celui sans qui tout bonheur est factice, lahvé, notre Élohim, rendre excellent le nom De mon maître, le roi d'Israël, Salomon!

S A L o M o N , venant à Nathan qui s'est prosterne'. Relève ton front blanc, cher vieillard, saint prophète; Et devant toi plutôt laisse ma jeune tête, O Nathan, s'incliner avec respect. Je veux Accueillir tes conseils, m'inspirer de tes vœux Pour les actes qui vont inaugurer mon règne. Puisque j'ai la couronne, il sied que l'on me craigne; Mais il faut qu'on m'honore et qu'on m'aime surtout. Toi, pour être mon ferme appui, reste debout.

NATHAN

Que peut soumettre au roi son serviteur fidèle?

Certes, j'eus en mon père un illustre modèle; Mais, à vingt ans, je lui succède sans avoir La longue expérience et le profond savoir. Je suis si haut soudain que j'ai peur du vertige. Jamais je n'ai réglé le plus léger litige; Et voici qu'aujourd'hui, pour la première fois, Je dois juger mon peuple, interpréter ses lois, Répartir aux mortels, en arbitre suprême. Le bien, le mal, ainsi que l'Éternel lui-même. La tâche est redoutable et je suis un enfant.

NATHAN

La vérité surgit, comme un soleil levant.

Aux yeux du prince élu qui prend lahvé pour guide.

Et chez lui la justice est la bonté lucide;

Il saura, sans fléchir, rendre à chacun son dû.

Mais dans tout châtiment qu'il mette une vertu,

Pour sauver de l'erreur, pour arracher au crime,

S'il se peut, le coupable autant que la victime!

SALOMON

Contre les imposteurs saurai-je protéger Le simple, l'innocent qu'interdit le danger? La Loi n'a pas prévu tant de cas lamentables Et tout n'est pas écrit d'avance sur les Tables.

NATHAN

Assiégeons le méchant, il se perd malgré lui.

Le trou qu'il a creusé pour y pousser autrui.

Il y tombe; et le trait de fer que sa main lance,

Revient frapper au front l'homme de violence.

L'œuvre équitable est l'arbre aux fruits sains où l'on mord.

Tandis que l'œuvre impie est un arbre de mort.

lahvé n'a-t-il pas dit aux siens : « J'aime qui m'aime;

Qui me cherche, me trouve. » O roi, cherche en toi-même !

La conscience, étant la justice et l'amour,

Y voit plus clair que sept veilleurs sur une tour.

SALOMON

Je n'ai pas attendu jusqu'à la dernière heure,

Nathan, pour invoquer, en sa haute demeure,

Notre Élohim. Parfois il visite un mortel.

Hier, à Guibeon, lorsque j'eus, sur l'autel

De ce mont consacré parmi toutes les cimes,

Fait les encensements, immolé les victimes,

Je m'endormis après avoir adoré Dieu.

Or vers moi vint un songe, en l'ombre du saint lieu;

Et du fond de l'espace, à travers la nuit noire,

L'Éternel m'apparut, tout rayonnant de gloire.

NATHAN

Béni soit le Très-Haut dans l'abîme étoile!

Il m'eût anéanti, s'il n'eût été voilé

Par un nuage errant de brume lumineuse;

Et comme, le cœur plein d'une religieuse

Horreur, je restais là, muet, sous le rayon,

Recueilli dans l'extase et l'adoration,

Il me dit, d'une voix terrible mais sereine.

Qui n'est pas plus semblable à notre voix humaine

Que l'orbe du soleil à nos pâles flambeaux :

« Demande, Salomon, pour que tes jours soient beaux.

Ce qui, dans ta pensée, est le bonheur suprême;

Je te l'accorderai, roi du peuple que j'aime. »

Tremblant, je répondis : « Garde Israël, lahvé!

Le roi David, mon père, a toujours cultivé

Ton observance; et pour perpétuer sa race,

Tu daignas lui donner le fils qui le remplace.

J'ai ton peuple à régir. Tu sais ce qu'il me faut.

C'est un cœur magnanime, un esprit droit et haut;

C'est le sens de voir juste et loin, c'est la sagesse. »

NATHAN

O souhait généreux, ô sublime jeunesse!

SALOMON

ft Pour toi, dit le Seigneur, qu'il en soit donc ainsi! Et ce que ton désir discret n'a pas choisi, Les jours nombreux, l'éclat, la force, la richesse, Tiens-le de même, avec le don de la sagesse. »

Je voulus m'écrier, mais tout s'évanouit;

Et quand je me levai, je ne vis que la nuit

Sous les monts où déjà flottait l'aube prochaine,

Et je n'entendis, rien que le vent dans un chêne.

En ce rêve quelle est la part de vérité;

Ou s'il ne fut, Nathan, que fièvre et vanité?

Ce rêve, ô prince heureux, porte son témoignage Et sa preuve en lui-même. Il faut être un vrai sage Pour demander ainsi la sagesse au Seigneur; Et cette vertu-là, c'est déjà le bonheur.

SCE-X.E II Les Mêmes, ÉLIHOREF.

élihoref.

Le moment est venu. Peut-on ouvrir l'enceinte Q^ue, tout d'abord, devra bénir la tribu sainte Avec les chants et les prières?

SALOMON

Je suis prêt.

Les lévites sont là, le grand-prêtre paraît.

SALOMON

Qu'ils approchent! Sonnez, trompettes triomphales; Que, sur le rythme ancien, les frappeurs de cymbales, Les joueurs de nébel, les toucheurs de kinnor Fassent vibrer l'air bleu parmi les rayons d'or!

Salomon prend place sur le trône de justice. Aussitôt ÈUhoreJ avertit les gardes du roi; et, h signal donné, les lévites entrent en scène, aux accords des imlrunients : d'abord le « vienaççéah », chorége qui, avec des cymbales, marque la mesure; puis quelques lévites faisant résonner sous le pkctron le kinnor à dix cordes; puis le grand-prêtre, les cohènes; et derrière eux, des jeunes filles avec sistres ou tambourins, des musiciens jouant de la flûte « halil » ou touchant le nébel en bois creux à dou^e tons.

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