‹ Théâtre légendaireChapitre 28 sur 74 · FOU QU ETTE · texte numérisé non relu

FOU QU ETTE

Il s'apprête à partir... Noël et votre frère Le rejoignent en hâte.

ROLANDE

Est-ce pour le soustraire Au danger; est-ce pour l'éloigner du torrent? Que dit-il? Que fait-il?

FOUQUETTE.

Il semble indifférent.

Il les repousse. Il leur demande le silence. Noël s'acharne encor... Mais lui, sans violence, L'écarté fermement, le laisse anéanti.

ROLANDE

Non, non! je ne veux pas qu'il parte.

FOUQUETTE.

Il est parti.

. ROLANDE, les mains jointes.

Si vous n'avez pitié de moi qui vous implore. Seigneur, ayez pitié de lui! Frappez encore.

LIBRESCCEURS 14^

Frappez mon cœur coupable et trop peu châtié; Mais sauvez-le, mon Dieu, sauvez-le par pitié!

FOUQUETTE.

Il gagne du terrain... Avec quelle main sûre Et légère il dirige et soutient sa monture! Comme il sait calculer chaque pas pour le mieux! Quelle dextérité, quel sang-froid merveilleux! Ah!

ROLANDE

Quoi?

FOUQUETTE.

Rien. Un caillou, sous les pieds de la bête, A sauté tout d'un coup... I! hésite... Il s'arrête... Il repart... Attendez! c'est Noël, Noël, oui. Que le prince Lothaire emporte évanoui.

ROLAN DE.

Mais lui, Vivien ?

FO UqUETTE.

Il a ralenti son allure; Il n'avance qu'avec une extrême mesure.

Les trois quarts du chemin sont déjà franchis... Mais Le passage devient plus étroit que jamais. Le prince va toujours en avant, impassible... Grand Dieu! je n'ose pas regarder. C'est terrible. Elle se détourne, la main sur les yeux.

ROLANDE, s' avançant sur la terrasse, malgré Fouquette. Laisse!

Rolande regarde, penchée, inivwhile ; puis, à bout de forces, elle ferme les yeux, recule et toinhe sur nu siège.

Je ne puis plus.

Nouveau silence. Elle relève la léle.

Il faut tout voir, pourtant.

S'il meurt, je ne dois pas lui survivre un instant.

Elle revient à côté de Fouquelte. Subitement, immense acclamation au dehors. Les files d'honneur accourent vers la princesse.

FOUQUETTE.

Il est sauvé, sauvé! Saints du ciel, quel prodige!

ROLANDE

Ai-je bien ma raison?

FOUQUETTE.

Il est sauvé, vous dis-je; Il vient de l'accomplir, cet exploit surhumain. Le voyez-vous, là-bas, caresser de la main Son fin cheval nerveux, qui relève la tête Et piaffe de plaisir?

Nouvelles acclamations.

Comme ils sont tous en fête; Et sous ce beau soleil que tout est rayonnant! Quel bonheur, quel bonheur!

Se tournant vers Rolande.

Vous pleurez maintenant.

ROLANDE

Pour moi le ciel se rouvre et mon cœur s'illumine. Vers le dernier moment, sur ce pont en ruine.

LIBRES CCEURS 14^'

Sur cet abîme affreux, parmi l'or des rayons, Dis-moi, n'as-tu pas vu deux apparitions Éblouissantes, deux archanges tout de neige, Flotter auprès du prince et lui faire cortège?

La foule envahit la salle et se raii^e le long des murailles; le roi Flonis entre, avec sa suite.

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