SCE'X.E IV
Les Mêmes, FLORUS et sa suite, puis FOUQUETTE, GORDANE, BARBAZE, JAPIOT, ZAB, Gardes, Valets, Gens du peuple.
FLORUS, à Vivien.
Ce qu'on m'affirme, dois-je en croire quelque chose?
VIVIEN, s' inclinant devant Florus.
Pu:ssé-je réparer le mal dont Je suis cause!
F LORUS, au même.
Désarmez-la, mon. fils. A votre voix je sens La jeunesse et l'espoir réchauffer mes vieux ans. Mais prenez garde. Elle a, dans son àme ombrageuse, Tant de douleur farouche et de fièvre orageuse! Vous la voyez qui vient vers nous. Quel sombre deuil Voile son beau front pâle et couronné d'orgueil! Sachez, pour l'apaiser, être ferme, être tendre.
SCÈ'K.E V
Les Mêmes, ROLANDE en amazone, Écuyers, Pages.
Princesse, quels que soient mes torts, daignez m'entendre ; C'est la première fois que je puis vous parler Sans me contraindre, et sans vous rien dissimuler.
ROLANDE
Aux plus tristes hasards le malheur m'accoutume, Seigneur; je vous écoute et n'ai point d'amertume.
VIVIEN
Insensé que je fus! Ni votre ardent émoi,
Ni votre noble appel désespéré vers moi,
Ni le profond amour dont mon âme est emplie,
N'avaient pu triompher encor de ma folie.
Vous me tendiez les bras, je redoublai mes coups;
Et je vous accablai, quand je n'aimais que vous.
Oubliez! pardonnez pour que l'on vous pardonne!
De ce passé fatal qui déjà nous étonne
Et qu'un grand souffle emporte avec tous ses démons,
Retenez seulement ceci : nous nous aimons.
ROLANDE
Que ne puis-je échapper à l'ancienne misère!
Il faut d'abord, c'est la condition austère, C'est la rançon, il faut que d'un élan sacré Je subisse l'épreuve; et je la subirai.
Le miracle qui m'a sauvé du précipice Prouve assez clairement que Dieu nous est propice; N'avez-vous pas déjà trop souffert, cœur hautain? Ah! ne défions pas de nouveau le destin!
ROLANDE
En vous. Dieu protégea la bonté magnanime; Moi, la coupable, moi, la pécheresse infime, Maintenant j'ai ma grâce à mériter de lui.
Donc, pour ne point rester en arrière d'autrui
Dans l'intrépidité ni dans le sacrifice,
Vous allez, enivrée à cet amer calice,
Vous perdre, malheureuse, et nous désespérer!
ROLANDE
La honte sur le cœur, je ne puis respirer,
Mon père. Laissez-moi; j'entends Dieu qui m'appelle.
O ma bien chère sœur si vaillante et si belle, Pourquoi vous châtier impitoyablement Du mal dont vous n'aviez aucun pressentiment; Et pourquoi, plus que vous, en punir qui vous aime?
ROLANDE
Faiblir! mais dès demain, je m'en voudrais moi-même.
VIVIEN
Au nom de notre amour!...
ROLANDE
N'insistez pas; c'est mal.
Page, et vous, écuyers, alerte! Mon cheval!
LOTHAIRE
Un moment! Il fait noir. Le vent cingle avec rage. L'espace est traversé de grands éclairs. L'orage, Qui sourdement, depuis l'aube, suspend ses coups. Vient, gronde, va finir par éclater sur nous.
ROLANDE
Qu'il éclate!
VIVIEN
Arrêtez!
ROLANDE
Hâtons-nous, au contraire!
VIVIEN
Vous ne passerez pas.
ROLANDE
Vous, prince, et vous, mon frère, Cessez! Je vous défends de retenir mes pas. Je suis prête, marchons.
VIVIEN
Vous ne passerez pas. ROLANDE, allant vers le Rhiillor.
J'irai droit mon chemin.
VIVIEN
Quoi! malgré la tempête?
ROLANDE
J'appartiens au Très-Haut; sa volonté soit faite!
Le ciel est déchire par un éclair. Le Vieux Pou t, frappé de la foudre, s'écroule avec fracas dans h torrent. Tous se prosternent.
FLORUS, ouvrant ses hras à Rolande.
C'est le pardon. Le ciel redevient bleu.