‹ Théâtre légendaireChapitre 46 sur 74 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Les jardins du ch.iteiu royal, à Messine.

SCEX.E TTlEî\CIÈ%E

JEROME, RANDAZZO, TRASTAVA, S.MORFI, L'x Page.

Jcrôme, nonchdamment assis sur un banc de marhe, chante en s'accon/pagnant de la ntandore ; près de lui se tient un page. Randa^o et ses compagnons surviennent; Us se groupent un peu plus loin.

JEROME, chantant.

SI le regard que j'implore, Argina, luit dans vos yeux.

Une impérissable aurore Emplira mon cœur joyeux.

Je VOUS aime, et ne réclame Qu'un sourire printanier Pour avoir avril en l'âme Jusqu'au jugement dernier.

Un baiser! Et que je meure, Emportant au noir séjour.

Dans le souvenir d'une heure, Une éternité d'amour!

Randai:<;o et ses compagnons se rapprochent de Jérôme, qui continue à fredonner sur la ritournelle.

Vraiment, on ne peut plus faire un pas, à Messine, Sans qu'un chant d'amour, fade et faux, vous assassine; Et même au sein des fleurs, ces troubadours manques Empestent l'air avec leurs vers alambiqués.

C'est le petit Jérôme, un favori du prince Roger de Naples.

Bah ! 11 me semble un peu mince Pour chanter Argina. Son aplomb me déplaît, Et sa face de pleutre appelle le soufflet.

Randazzo, prends-lui donc un instant sa mandore, Pour lui répondre, au nom de celle qu'il adore. Par un éclat de rire et par une chanson Qui l'invite à tomber ailleurs en pâmoison.

ROGER DE NAPLES IÇf

RANDAZZO.

J'aimerais mieux, ayant les mains inoccupées, Improviser, mon ciier, un froissement d'épées.

Le gourmet!

RANDAZZO.

Trastava, que ces Napolitains Soient maudits! On les voit partout, soirs et matins, Parés, frisés, fleuris, le bonnet sur l'oreille, Vaguer et divaguer des balcons à la treille. Certes, ils ont naguère, on le leur a permis. Près de nous combattu nos communs ennemis; iMais la guerre-est finie. Il leur était facile, Depuis un mois entier, de quitter la Sicile. Qu'ils nous laissent chez nous !

Ne comprenez-vous pas Qu'ils ont chez nous trouvé de trop jolis appas Pour s'en aller si tôt?

RANDAZZO.

Smorfi, vois! Il me semble Que ce musicien nous nargue tous ensemble.

A Jérôme.

Eh! petit compagnon, que faites-vous ici? Est-ce dans les jardins du roi, qu'on chante ainsi?

JÉRÔME, remettant sa viaiidore au page. On chante quand on peut.

RANDAZZO.

Votre bruit m'importune; Allez crier plus loin.

JEROME

Si je n'ai la fortune De vous être agréable, et si, comme je vois, Vous appréciez peu ma musique et ma voix, Libre à vous! Vous pouvez passer outre, vous-même, Et me laisser rêver à la beauté que j'aime; Rien n'est plus simple.

RANDAZZO.

Oh! oh! vous avez le talent, Non pas de roucouler, mais d'être un insolent. Je vous le dis en face; et je vous dis encore, Sans craindre que votre œil flambant ne me dévore, C^ue vous et vos amis, des premiers aux derniers, Vous entendez l'amour en vrais palefreniers.

JÉRÔME

Vous mentez!

RANDAZZO.

Mon épée, au moins, est droite et claire.

JÉRÔME

Je suis honteux d'avoir un pareil adversaire;

Mais puisqu'on me provoque, il me faut, dans le sang,

Laver l'outrage.

lis dégainent et croisent le fer.

SCÈ-ME II

Les Mêmes, ROGER, PASCAL, FABIUS, STELTI, NERIS.

Rojer cl Fabius se jetlent entre les comhatlaiits.

FABIUS

Est-il permis. Dieu tout-puissant!

Aujourd'hui, chez le roi, se battre! Jeunes hommes. Veuillez vous rappeler dans quel endroit nous sommes. // entraine Randano à l'écart, avec Slelli.

ROGER

Vous, Jérôme!

JEROME

C'était, prince, contre mon gré.

ROGER

Oseriez-vous souiller de sang ce jour sacré ? 11 appartient à la princesse. Quand, pour elle, Tout est en fête, il faut que vous cherchiez querelle, Près du château royal, à des gens avinés!

JÉRÔME

Je me suis défendu.

Q^u'était-ce donc? Venez.

Rogner, Pascal, Jérôme et Kcris s'écartent de quelques pas.

RANDAZZO, rei'etiant avec Fabius et Stelli. Mais, comte Fabius, il voulait...

FABIUS

Imbécile!

Pourquoi faire un éclat? Sois brave, et sois docile. Contre ces étrangers, agis plus loin, le soir, A coup sûr, sagement, sans qu'on puisse y rien voir.

RANDAZZO.

11 voulait compromettre Argina, qu'il implore,

Et que ses chants, je crois, n'ont pas conquise encore.

FABIUS, à part.

Ouais!

RANDAZZO.

Notre roi sait-il combien nous aimerions Être débarrassés enfin de ces brouillons, Dont l'orgueil nous irrite et devient du délire? Vous êtes son neveu, vous pourriez le lui dire.

FABIUS, iiiterrompaut Rauda:^~o dont la voix s'est élevée peu à peu.

Plus bas!

Fabius et Rauda:{^o s'éloignent, avec les autres Siciliens. Fabius et Stelli sortent; Randa:(^o et ses amis restent au fond du théâtre, et se parlent à voix basse. Le groupe des Napolitains revient sur le premier plan.

JÉRÔME, â Roger.

Fallait-il donc, sans honte et sans chagrin. En le remerciant lui céder le terrain?

ROGER

Jérôme, sois prudent.

JEROME

Oui, mais trop de prudence...

PASCAL, à Jérôme.

Regarde ces gens-là; quel gibier de potence! J'en vois d'ici plusieurs, dont le rire blafard Accompagne assez mal l'inquiétant regard.

A Roger.

Pourquoi nous attarder en Sicile, mon frère? On se lasse de nous.

ROGER

Le roi dit le contraire.

PASCAL

Il le dit et le pense. Il nous honore, lui ! Il sent qu'il n'aurait plus sa couronne aujourd'hui, Si nous n'étions venus promptement à son aide. Les autres sont jaloux. A cela, nul remède. Quand partons-nous?

ROGER

Le roi nous retient, tu le sais.

PASCAL

La princesse ou le roi?

Mon cher Pascal, assez!

Ce n'est pas sans raisons, pardieu! que je recule Notre départ. D'ailleurs, voici le crépuscule; Béatrice et le roi vont rentrer au palais. Résigne-toi, pour eux, à de plus longs délais. Roger et Pascal s'éloignent avec Néris.

RANDAZZO, bas à Tiastava qu'il ramène en avant. C'est convenu.

TRASTAVA.

Mais s'il n'accepte pas?

RANDAZZO.

Je gage Qu'il acceptera tout dans un altier langage. Arrêtant Jérôme, qui suivait Roger et Pascal. Pardon; encore un mot, musicien pâmant!

JÉRÔME

Plaît-il ?

RANDAZZO.

Voulez-vous être, avec votre instrument Et deux exécutants de valeur peu commune. Sur le coup de minuit, ce soir, au clair de lune, Derrière le château, vers la tour du vieux fort? Là-bas nul ne viendra nous déranger.

JÉRÔME

D'accord !

Ils sortent, tandis que, d'un autre côté, arrive le cortège royal au milieu des acclamations populaires.

SCÈ-X^E III

LE ROI, BÉATRICE, Suite, Peuple.

BEATRICE, aux gens du peuple qui lui offrent des fleurs. Grand merci, mes amis!

LE KO\, aux mêmes.

Dans tous les regards brille Un plaisir franc, qui rend heureuse notre fille. Elle a, pour ses vingt ans, oiferi à la cité Le reliquaire en or d'outre-mer apporté. Elle vous fait ce don, et pour vous on apprête Un banquet. Achevez de célébrer sa fête. La nuit tombe déjà. Nous qui devenons vieux. Nous allons prendre un peu de repos en ces lieux.

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