‹ Théâtre légendaireChapitre 5 sur 74 · Livre-le moi · texte numérisé non relu

Livre-le moi

C'est trop cruel.

BENAYAHOU.

C'est la sentence.

Hélas! puis-je opposer la moindre résistance? Je sais qu'on t'a donné des ordres absolus; Prends-le.

A mi-voix.

Jaël, du moins, ne l'aura pas non plus.

JAKi, , se jetant entre Benayahou et l'enfant.

Les lâches! Eh bien, moi, je défends qu'on le prenne!

Comment! le roi dans sa justice souveraine.

Le roi qui représente Adonaï, le roi

Qui doit tout deviner, étant l'œil de la loi.

Aurait dit sans motif cette chose indicible!

Je n'en admettrai rien. Cela n'est pas possible;

Et ce n'est pas ainsi que l'on juge Israël.

l'artons vite, partons!

Elle entraîne la femme qui tient l'enfant ; mais les gardes lui barrent le chemin.

Quoi? c'est vrai, c'est formel!

On s'attaque à ce faible enfant qui vient de naître! Le tuer! Qu'a-t-il donc pu faire au roi mon maître. Lui chétif. lui si doux qu'il en désarmerait Un lion dévorant au fond d'une forêt?

Si j'ai, moi, par mégarde, encouru quelque blâme, Si ma parole eut trop de rudesse et de flamme En s^élevant tantôt vers le trône royal, Qu'on m'en punisse, et qu'on ne lui fasse aucun mal! Je ne réclame plus rien sur lui. Non. Qu'il vive! Son salut me suffit. Ma tendresse plaintive

Allait trop loin. J'eus tort. Renvoyez-nous. Voilà,

J'accepte. Je veux bien qu'on le donne à Zila,

Pourvu qu'elle promette et jure d'être bonne.

Il m'est plus cher que tout; pourtant, qu'on le lui donne.

Cela ne vaut-il pas mille et mille fois mieux

Q^ue de le voir périr tout sanglant, justes cieux!

On peut me lapider, me déchirer sur l'heure;

Mais qu'on n'y touche pas! Je ne veux pas qu'il meure.

J'ai tant souffert déjà, lorsque je l'ai cru mort!

Tu m'écoutais avec indulgence, d'abord,

Cher seigneur; tu ne vois donc plus combien je l'aime?

Pitié pour lui, pour nous, et pitié pour toi-même!

Si tu me prends mon fils, tes fils te seront pris.

Fais-lui grâce. Entends-moi. Grâce, grâce à tout prix!

Grâce! il te servira sans que son cœur se lasse,

11 passera sa vie à tes pieds. Grâce, grâce.

Grâce!

SALOMON

Je suis un juge, et non pas un bourreau. Benayahou, remets ton épée au fourreau; Et qu'on donne l'enfant à Jaël, c'est la mère.

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