‹ Théâtre légendaireChapitre 52 sur 74 · ROGER, FABIUS · texte numérisé non relu

ROGER, FABIUS

Vous venez de parler un peu légèrement De la princesse, connte.

FABIUS

A quel titre charmant Vous a-t-elle chargé de peser mes paroles?

ROGER

Ne m'étourdissez plus de vos répliques folles !

FABIUS

Folles!

ROGER

Sachez qu'au roi j'ai demandé sa main.

FABIUS

Ah!

ROGER

Le roi ne devait répondre que demain; Mais devinant ma fièvre, il a daigné me dire De lui-même, à mi-voix, avec son bon sourire, Que désormais j'étais son fils.

ROGEIl DE NAPLES

Heureux amant!

ROGER

Vous comprenez comment je dois agir.

FABIUS

Comment ?

Béatrice...

FABIUS

Oh! très bien! Béatrice est un ange.

ROGER

Pourquoi donc avez-vous cette manière étrange De le dire? Et pourquoi ce geste embarrassé?

FABIUS

Vous êtes si bouillant, je vous parais glacé.

ROGER

Abstenez-vous de prendre un accent ironique.

FABIUS

Mon Dieu, que l'amour est bizarre et tyrannique!

ROGER

Vous aurais-je offensé sans le vouloir?

FABIUS

En rien.

Je vous sens prisonnier sous un obscur lien;

TH EATRE LEGENDAIRE

Chaque mot dit par vous couvre des réticences, Et vos compliments sont de froides complaisances.

FABIUS

Si votre amour n'était aussi fort...

ROGER

Achevez!

FABIUS

Du calme...

ROGER

Avouez-moi tout ce que vous savez; Vous n'avez plus le droit, maintenant, de vous taire.

FABIUS

On se tait, quand parler serait peu salutaire.

ROGER

Qu'appréhendez-vous tant, et de quoi s'agit-il?

FABIUS

La vérité souvent est un poison subtil.

ROGER

La vérité guérit, l'erreur seule est cruelle.

On semble un peu l'auteur du mal que l'on révèle; Vous m'en voudrez.

ROGER

Je vous en voudrai beaucoup plus, En vous voyant garder vos airs irrésolus; Soyez franc.

ROGERDENAPLES 217

FABIUS

Vous m'avez, certes, sauvé la vie Dans le dernier combat; et je cède à l'envie De vous sauver l'honneur, prince, malgré le mal Que vous réserve, hélas! cet entretien fatal. Jurez-moi le secret,

ROGER

Soit! si l'affaire est neuve.

FABIUS

Béatrice n'est pas digne de vous.

ROGER

La preuve!

FABIUS

Ma parole.

ROGER

Est-ce tout? Cela ne suffit pas.

Sur ce propos hardi, nul ne ferait un pas Sans avoir avec moi, prince, croisé l'épée. Mais si solidement qu'on ait l'âme trempée, On sait mal résister à de pareils assauts; Je vous excuse.

ROGER

Il faut des faits, après les mots.

Vous avez vos raisons; sur quoi reposent-elles? Je veux voir de mes yeux, et voir des choses telles Que je sois convaincu. La preuve!

2l6 THÉÂTRE LÉGENDAIRE

Chaque mot dit par vous couvre des réticences, Et vos compliments sont de froides complaisances.

FABIUS

Si votre amour n'était aussi fort...

ROGER

Achevez!

FABIUS

Du calme...

ROGER

Avouez-moi tout ce que vous savez; Vous n'avez plus le droit, maintenant, de vous taire.

FABIUS

On se tait, quand parler serait peu salutaire.

ROGER

Qu'appréhendez-vous tant, et de quoi s'agit-il?

La vérité souvent est un poison subtil.

ROGER

La vérité guérit, l'erreur seule est cruelle.

FABIUS

On semble un peu l'auteur du mal que l'on révèle; Vous m'en voudrez.

ROGER

Je vous en voudrai beaucoup plus, En vous voyant garder vos airs irrésolus; Soyez franc.

ROGERDENAPLES 217

FABIUS

Vous m'avez, certes, sauvé la vie Dans le dernier combat; et je cède à l'envie De vous sauver l'honneur, prince, malgré le mal Que vous réserve, hélas! cet entretien fatal. Jurez-moi le secret.

ROGER

Soit! si l'affaire est neuve.

FABIUS

Béatrice n'est pas digne de vous.

ROGER

La preuve!

Ma parole.

ROGER

Est-ce tout? Cela ne suffit pas.

FABIUS

Sur ce propos hardi, nul ne ferait un pas Sans avoir avec moi, prince, croisé l'épée. Mais si solidement qu'on ait l'âme trempée. On sait mal résister à de pareils assauts; Je vous excuse.

ROGER

Il faut des faits, après les mots.

Vous avez vos raisons; sur quoi reposent-elles? Je veux voir de mes yeux, et voir des choses telles Que je sois convaincu. La preuve!

2l8 THÉÂTRE LÉGENDAIRE

FABIUS

Vous l'aurez.

ROGER

Par quels soins, à quelle heure, en quel lieu?

FABIUS

Vous verrez.

ROGER

Et que verrai-je donc ? Vous hésitez encore, Rétractez-vous.

J'en ai trop dit, je le déplore; J'aurais dû m'exprimer de moins rude façon, Mais c'est la vérité.

ROGER

C'est quelque trahison.

FABIUS

Soyez avant minuit, seul, à la dérobée, Derrière le château, près de la tour tombée; Et là, ne perdez pas des yeux l'appartement De la princesse.

ROGER

Et puis ?

FABIUS

Peut-être, à ce moment, Mettra-t-elle au balcon une échelle de soie. Le reste!...

ROGE R

Que votre âme à l'enfer soit en proie. Pour peu que vous ayez dit un mot au hasard!

FABIUS

Nous nous retrouverons; je vous quitte, il est tard. Si j'ai parlé, c'est qu'en cette épreuve suprême Votre honneur m'est plus cher que votre amitié même. Adieu !

// disparaît rapidement.

Cela serait possible!... Il s'est enfui. A minuit, au château. J'irai. Malheur à lui!

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