SCE'^E III
Les Mêmes, ROGER.
ROGER, absorbe dans sa rcverie et s' arrêtant sur le devant du théâtre.
Ainsi je suis venu, je guette, je veux voir.
O misérable cœur! Mon vrai, mon seul devoir,
C'était de démentir et de tuer cet homme.
Comment ne l'ai-je pas écrasé, moi qu'on nomme
Roger, prince royal de Naples, moi vainqueur
En vingt combats sanglants? O misérable cœur!
Pour croire au mal si vite, humanité flétrie,
De quel limon sordide et sombre es-tu pétrie?
A ces lâches soupçons tout s'avilit en moi;
Je ne sais plus aimer. Non! l'amour, c'est la foi.
En me voyant ici, me pardonnerait-elle?
On fait à son honneur une injure mortelle;
Et loin de la défendre, et loin de la venger,
Par mon trouble honteux, moi, j'ose l'outrager!
O firmament, ô nuit d'où surgira l'aurore,
J'ai douté d'elle! en qui puis-je espérer encore?
Ai-je déjà perdu la sainte loyauté.
Qui m'ouvrait l'àme en fleur au printemps enchanté;
Et n'est-il plus, pour moi, ni force, ni jeunesse,
Ni lumière, ni rien qui vaille que l'on naisse?
Oh! je mériterais qu'elle ne m'aimât pas.
Il faut m'éloigner, fuir... Je ne peux faire un pas;
Je ne peux détourner mes yeux de sa fenêtre.
Si j'allais, cependant, la voir, la reconnaître.
Et si tout était vrai! Non, non !... Quel est ce bruit?
Une rencontre armée! A cette heure de nuit!
Voyant accourir Smorfi et ses deux compagnons, l'épce nue. Est-ce un guet-apens? Halte!