‹ ThéâtreChapitre 104 sur 335 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

« mienne; il m'est trop démontré que leurs cœurs et le « mien renferment les mêmes sentiments, et ces senti- « ments sont le respect, Tamour, la plus vive tendresse. « J'aime à me flatter que ces chers coupables immole- « ront leurs pensées aux vôtres, sacrifieront leurs « penchants à vos volontés. Je juge d'eux par moi ; mais « quelles que soient leurs résolutions, ne nous privez « pas du bonheur de vous voir; ne nous enlevez pas ce « qui fait notre joie, notre consolation dans toutes les « chances de notre vie ; ne montrez pas un visage sé- « vère à vos parents, à vos amis, et surtout à votre « affectionné, malheureux, très-humble et trèshobéissant « serviteur et neveu ,

« ROBERT VERNISSAG. »

MâDâMË SINGLâIK.

Je ne vois là que des phrases que je suis accoutumée à entendre^

VBRNISSàC, continuant de lire»

« Par post-sôriptum. Je ne voulais pas vous parler « de vos propres intérêts ; j^en aurai le courage. Si vous « me chassez, si ma cousine Louise se marie, vous allez « vous trouver seule et abandonnée ; n'y aurait-il donc « aucun moyen d'éloigner cette fâcheuse perspective ? « Réfléchissez, ma chère tante, et comptez sur moi, sur « mon dévouement, à quelque titre que vous jugiez à « propos de m' attacher à votre sorti »

MABAMB SINCLAIR, probant la lettro.

Permettez que je relise le post-scriptum. Il est près* que aussi long que la lettre»

VERNISSAG.

Vous croyez? J'ai laissé courir mia plume et inoh bœur.

MADAME SINCLAIR

Que voulez-vous dire par ces mots ? « A Iquelque titre

que voua jugiez à propos de m'attaclier à votre sort. »

VERNISSAG.

Je veux dire, ma chère tante..-, mais je veux dire.... Je vous avoue que je suis fort embarrassé pour développer ma pensée.

MADAME SIiNCLAlR.

Ne vous troublez pas, et parlez.

VBRNISSAC.

Eli bien, oui, je parlerai. Aussi bien ai-je remarqué que la franchise était la route la plîis sûre, surtout avec les âmes nobles et belles comme celle de ma tante. Me préserve le ciel de vouloir vous dire du mal de Thonnôte Bardolin et de la vertueuse madame Saint- Laurent ; c^-pendant il n'en est pas moins évident que leur attachement pour vous est dans le cas de vous paraître quelquefois suspect. Gela peut-il être autrement? Ils doivent, par vertu même, puisqu'ils ont des enfants, jeter quelques regards de convoitise sur votre immense fortune. Je crois donc... J'avais donc pensé...., ma chère tante.... Je désirerais tant vous voir dans une juste sécurité sur rallachcment des personnes qui vous entourent! Or, pour que cet attachement fût bien complet, bien entier, bien pur, que faudrait-il? Il faudrait que la personne qui vivrait auprès de vous, qui ferait son occupation chérie de vous aimer, de vous servir, de vous prévenir dans tous vos goûts....; il faudrait, dis-je, que cette personne ne pût pas avoir d'autre intérêt que le vôtre; que son sort fût si bien mêlé, si bien confondu avec le vôtre, que ce ne fût, pour ainsi dire, qu'un seul et même sort; et.... figurez-vous deux personnes..., deux âmes réunies par l'eslime, l'inclination, n'éprouvant que de nobles passions, et non ces penchants vils qui entraînent presque tous les hommes, et font trop souvent rougir de soi-même.... M'entendezvous, ma chère tante?

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