MADAME MUSARD, MUSARD
(Au lever du rideau, Musard, en robe de chambre et les diovoux roulés, ont occupé à regarder des poissons dans un bocal sur une table; il s'auiuso à agiter l'eau avec une plume pour les faire remuer.)
MADAME MUSARD, onlraot.
Eh quoi! monsieur Musard, vous n*êtes pas sorti? vous arêtes pas habillé? vous n'êtes pas coiffé? mais dix heures vont sonner.
MUSARD, tirant sa montre.
Qu'est-ce que vous dites donc, ma femme?.». C'est Vrai 1 Ah I mon Dieu 1 comme le temps passe I Allons, allons, je serai bientôt prêt. J'achevais d'écrire le journal de mon voyage, et je regardais ces petits poissons rouges dans un bocal : cela orne un salon, n^est-ce pas ? Ma foi, mon fils nous a logés dans un très-bon hôtel ; rien n*y manque.
MADAME MUSARD
Mais vous avez ce matin les affaires les plus importantes pour vous, pour votre fils, pour inoi. Vous mV viez bien promis que, dès le lendemain de votre arrivée à Paris, vous feriez vos courses, vos visites ; et vous vous amusez à regarder des poissons rouges dans un bocal!
MUSARD
Eh bien, quoi ? ces cdurses, ces visites, je m'en vais les faire.... Va^ sois tranquille, toutes ces affaires im-
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portantes qui te tracassent, c'est moins que rien; en une matinée j'aurai tout arrangé.
MADAME MUSARD
Moins que rien I le mari de feue ma sœur, qui, après nous avoir écrit des lettres charmantes, pleines d'amitié, où il nous proposait de transiger à l'amiable, s'avise de nous envoyer une citation, et qui veut plaider à toute outrance cantre moi, pour la succession de mon grand-père. i
MUSARD
C'est un chicaneur, je le mettrai à la raison.
MADAME MUSARD
Votre fils, que nous avons envoyé à Paris pour tra- '
vailler, qui était sur le point d'obtenir la place de receveur de l'enregistrement à Saint-Quentin, où nous sommes établis, et qui tout d'un coup voit ses amis et les vôtres lui tourner le dos quand il les rencontre, et lui fermer leurs portes quand il va les voir.
MUSARD
Mon fils est jeune, il aura fait quelque fredaine qu'il nous cache. Je verrai tous ces honnêtes gens-là : il aura la place.
MADAME MUSARD
Enfin M. Forlis, notre correspondant, qui ne veut plus vous envoyer de marchandises, et qui prétend vous forcer par huissier à compter avec lui.
MUSARD
Très-mauvais procédé de sa part ! procédure encore plus mauvaise I On verra mes comptes ; c'est lui qui est mon débiteur, je le parierais.
MADAME MUSARD
Je n'en doute pas, vous avez raison sur tous les points; mais vous finirez par avoir tort, si vous tardez, si vous