SCÈNE X
DURMONT.
Ce jeune Armand! Vous le connaissez donc?
MALINVAL.
Très-particulièrement.
DUR MONT ^ à part.
Ah I ah 1 peut-être pourrait-il me donner les renseignements?...
MALlNVAL.
C^est un jeune homme très-intelligent, dont je fais le plus grand cas.
DURMONT.
Moi, de même.
MALlNVAL.
Oh çàl il faut venir au fait tout d'un coup; moi, je né sais pas aller par deux chemins. Il aime mademoiselle votre fille.
DURMONT.
Je le sais.
MALINVAL.
Ah ! vous vous en êtes aperçu comme moi ? Or Vous ne voulez donner votre fille qu'à un homme riche ?
DURMONT.
Qui vous a dit cela?
MALINVAL.
Est-ce que nous ne connaissons pas le train du monde? Est-ce que nous ne savons pas qu'en fait de mariage, les parents songent toujours à la fortune, et en cela ils n'ont pas tort ; parce que, comme on dit, sans l'argent, mauvais ménage ; mauvais ménage rend les époux malheureux ; les époux malheureux élèvent mal leurs enfants ; les enfants mal élevés font damner les pères et mères ; de là tous les malheurs qui s'ensuivent, et qu'on peut voir dans les romans comme dans les philosophes.
DURMONT.
C^est fort bien raisonné. Après !
MALIN VAL
Il n'est pas riche, ce jeune Armand?
DURMONT.
Non, vraiment.
MALIN VAL
Mais il a tout ce qu'il faut pour le devenir.
DURMONT.
Mais je crois comme vous. Des mœurs, au sens, de Tesprit.
MALIN VAL
Bah! des mœurs, de Tesprit! c'est fort beau; mais pour faire son chemin, cela ne suffit pas.
DtJAMOÎ^T*
Gomment?
îitALlKVAL.
Ah ! mon ami, si tout le monde avait nos principes^ cela serait charmant! mais les vices!... la corruption!... l'immoralité I... Que vous dirai-je? il faut bien suivre l'exemple général, et c'est ce qui fait que vous et moi, et tous les honnêtes gens qui nous ressemblent , avons pris notre parti, et que nous sentons qu'un excès de scrupule serait fort déplacé dans un moment où si peu de gens s'en piquent.
Que dites-vous?
MALINVAL*
Vous comprenez bien que tout cela est sujet à quelques modifications ; mais enfin qu'est-ce qu'il faut pour faire • fortune aujourd'hui ? Acheter à bas prix pour vendre fort cher, placer au plus haut intérêt ; en un mot, fadre des affaires, n'est-il pas vrai?