‹ ThéâtreChapitre 188 sur 335 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

DURMONT.

Ce jeune Armand! Vous le connaissez donc?

MALINVAL.

Très-particulièrement.

DUR MONT ^ à part.

Ah I ah 1 peut-être pourrait-il me donner les renseignements?...

MALlNVAL.

C^est un jeune homme très-intelligent, dont je fais le plus grand cas.

DURMONT.

Moi, de même.

MALlNVAL.

Oh çàl il faut venir au fait tout d'un coup; moi, je né sais pas aller par deux chemins. Il aime mademoiselle votre fille.

DURMONT.

Je le sais.

MALINVAL.

Ah ! vous vous en êtes aperçu comme moi ? Or Vous ne voulez donner votre fille qu'à un homme riche ?

DURMONT.

Qui vous a dit cela?

MALINVAL.

Est-ce que nous ne connaissons pas le train du monde? Est-ce que nous ne savons pas qu'en fait de mariage, les parents songent toujours à la fortune, et en cela ils n'ont pas tort ; parce que, comme on dit, sans l'argent, mauvais ménage ; mauvais ménage rend les époux malheureux ; les époux malheureux élèvent mal leurs enfants ; les enfants mal élevés font damner les pères et mères ; de là tous les malheurs qui s'ensuivent, et qu'on peut voir dans les romans comme dans les philosophes.

DURMONT.

C^est fort bien raisonné. Après !

MALIN VAL

Il n'est pas riche, ce jeune Armand?

DURMONT.

Non, vraiment.

MALIN VAL

Mais il a tout ce qu'il faut pour le devenir.

DURMONT.

Mais je crois comme vous. Des mœurs, au sens, de Tesprit.

MALIN VAL

Bah! des mœurs, de Tesprit! c'est fort beau; mais pour faire son chemin, cela ne suffit pas.

DtJAMOÎ^T*

Gomment?

îitALlKVAL.

Ah ! mon ami, si tout le monde avait nos principes^ cela serait charmant! mais les vices!... la corruption!... l'immoralité I... Que vous dirai-je? il faut bien suivre l'exemple général, et c'est ce qui fait que vous et moi, et tous les honnêtes gens qui nous ressemblent , avons pris notre parti, et que nous sentons qu'un excès de scrupule serait fort déplacé dans un moment où si peu de gens s'en piquent.

Que dites-vous?

MALINVAL*

Vous comprenez bien que tout cela est sujet à quelques modifications ; mais enfin qu'est-ce qu'il faut pour faire • fortune aujourd'hui ? Acheter à bas prix pour vendre fort cher, placer au plus haut intérêt ; en un mot, fadre des affaires, n'est-il pas vrai?

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