‹ ThéâtreChapitre 205 sur 335 · SCÈNE XXI. Û1Û · texte numérisé non relu

SCÈNE XXI. Û1Û

DURMONT.

Eh bien, que pensez-vous ?

MONTBRUN

Faut-il vous parler franchement? vous ne me trahirez pas : ce jeune homme ne vous convieait pas.

DURMONT.

Comment donc cela?

MONTBRUN

C'est une espèce de philosophe sauvage qui se pique d'une rigidité de principes, d'une délicatesse de je ne sais quel siècle, qui l'empêchera de faire son chemin ; un petit génie, à qui j'ai voulu procurer des places excellentes, mais qui ne sait pas çn tirer autre chose que ses appointements; cela n'a pas du tout l'esprit des affaires; il n'a rien et n'aura jamais rien.

DURMONT.

En vérité. Vous m'enchantez en me parlant de la sorte.

MONTBRUN

Ce serait une folie que de lui donner votre fille.

CÉCILE

Croyez-vous donc qu'une femme soit malheureuse avec lui?

MONTBRUN

Très-malheureuse : pour se bien conduire avec une femme, il faut connaître le monde, avoir de l'expérience ; c'est tout neuf, ce petit jeune homme : il sera fort amoureux, fort exigeant, et puis il vous cloîtrera dans votre ménage ; vous n'aurez pas plutôt un ou deux enfants, adieu tous les plaisirs; il vous faudra veiller vousmême à leur éducation : cela ne se fait plus, vous le savez : la perspective n'est pas fort agréable.

CÉCILE

Ah I je respire.

DURMONT.

Mais qu'est-ce donc que ce Maliiival est venu me conter?

MONTBRUN

Est-ce que vous l 'écoutez? à peine connaît-il ce jeune homme ; je le connais mieux que personne, moi, et je sais son véritable nom.

DURMONT.

Et mais 1 pourquoi ce changement de nom ?

MONTBRUN

Pourquoi? c'est qu'il craint de rougir au seul nom de son père : c'est le fils d'un certain Valbert.

CÉCILE

Valbert I

DtJRMONT.

Valbert! dites- vous? un négociant de Nantes, qu passa au Gap il y a à peu près vingt ans ?

MONTBRUN

Précisément.

CÉCILE

Se pourrait-il? Celui dont vous m'avez paHé si souvent, mon père?

DURMONT.

Eh 1 pourquoi donc rougir de porter le nom de Val^ bert?

MONTBRUN i

.Ou n^est pas bien aise d^ôtre contiU pour le fils d'un homme qui s^est ruiné par une bienfaisance mal enten*^ due^ et qui, en àri^angeant les affaires des autres^ a Considérablement dérangé les siennes i

Dites plutôt qu'il craint de faire rougir plus d'un in-

Page 1