SCÈNE XXIÏ
Mon vin réveille la voisine ; Mon vin fait dormir le voisin ♦.
ARMAND, au public.
Officieux, gens mal habiles, Vains, empressés et sots amis.
Importuns qui font les utiles.
C'est ce qu'on voit en tout pays.
Aimez-vous cette œuvre badine?
Pour la revoir, qu'après-demain Chacun amène sa voisine, Chaque voisine son voisin.
* Ce couplet est fort joli ; mais il n*est pas de moi. J'étais à la tête d'un théâtre qui ne pouvait se soutenir que par ses nouveautés. Je trouvai plus expéditif de changer quelques mots à un couplet de Dufresny que d'en chercher un nouveau. Je me le reprochai, je m"Bn accuse, et c'est pour me punir que j'imprime le couplet, en raccompagnant de cette note.
COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE
Représentée^ pour ta première fois^ sur le Théâtre-
Louoois, le deuxième jour complémentaire an XI (19 septembre 1803}.
Franchement je trouve cette petite comédie fort agréable. Je ne vois guère d'autre reproche à lui faire qu'un peu de bizarrerie dans la fuite des deux jeunes gens, et dans l'expédient du vieux comédien qui se fait passer pour mort. Une fois cet expédient adopté, la pièce marche vivement et rapidement. Le dialogue me paraît piquant. Les deux pères, le comédien, sa femme, et la jeune comédienne qui prend le médecin et l'avocat pour des débutants, me semblent bien imaginés, et toujours dans une situation comique.
Mes Comédiens ambulants m'avaient brouillé avec les comédiens trop glorieux de leur état. Je voulus faire ma paix avec eux par cette petite pièce. Je crois que les gens sensés trouveront de la mesure dans l'éloge que je fais de la profession.
C'est à dessein de rappeler le célèbre Préville que j'ai placé la scène à Senlis. C'est dans cette ville qu'il s'était retiré après avoir quitté le théâtre. Quand je rencontre des amateurs de la bonne et vieille comédie qui n'ont pas vu Préville, je ne peux m'empêcher de les plaindre. J'ai vu des acteurs naturels, mais froids; j'en ai vu d'autres pleins de chaleur, mais souvent outrés. Préville réunissait au naturel la chaleur, l'esprit, la grâce, «t la verve. Jamais comédien n'est mieux entré dans la pensée de l'auteur.
2a4 PRÉFACE.
Après vingt ou trente représeirtations, un journaliste, qui probablement est indigné au fond de Tâme de la fameuse scène d'Harpagon avec son ûls dans r Avare, s'avisa de me reprocher d'avoir humilié les pères devant les enfants, en amenant mes deux jeunes gens en présence de leurs pères revêtus de costumes de comédie. En dépit du censeur, le public continua de rire de la mascarade, sans y trouver d'inconvenance. 11 y a des gens qui veulent que la comédie soit une école de mœurs. Moi, je crois qu'elle ne doit être qu'un tableau des mœurs et des ridicules. Tant mieux pour l'auteur si son tableau peut corriger, ou au moins faire réfléchir le spectateur ; mais son but est atteint quand il a été vrai et comique.
Dois-je l'avouer? cette idée bizarre dé se faire passer pour mort m'a souvent roulé dans la tète. J'ai été tenté de prier un ami de faire un petit article nécrologique sur moi, afin de savoir ce qu'on penserait de mes comédies après ma mort. J'y ai renoncé. Il y a trop de danger. Ce serait s'exposer à entendre plus d'une vérité désagréable; et presque tous les morts sont si vite oubliés I •
PERSONNAGES
DUMONT DIT FLORIDOR, ancien
comédien M. Vigny.
M'ne FLORIDOR, sa femme U^^ LÉoè.
DUMONT DE MORINVTLLE, avocat, cousin de Floridor M. Picard aîné.
DUMONT DE FLORANGEAC, médecin, aussi cousin de Floridor. M. Picard jeune.
AUGUSTE, fils de Morinville,
amant de Lise W^* Befproy.
LISE, fille de Florangeac M"« Adelinb.
M"« BEAUPRÉ, comédienne M»- Molière.
PASCAL, valet de Floridor M. Armand.
La scènt est chez Floridor, à Senlis.
NOTA. — Les acteurs doivent être placés au théâtre tels qu'ils sont inscrit en lAte de chaque scèno. Le premier tient la droite.
COMÉDIE
Le théÀtre représente un salon et deux cabinets^ l'un à droite et Tautre à gauche.