MADAME FLORIDOR, FLORIDOR
FLORIDORi
Maisi madame Floridor; . . .
MADAME FLORIDOR i
Mais, monsieur Floridor....
FLORIDOR
Pour une femme (Jui, pendant vingt àùs de sa vie, a Joué les amoureuses et les ingénuités, c'est avoir Thumeur bien revêche et bien acariâtre.
MADAME FLORIDOUi
Pour un homme qui> pendant n'ente ôLnS) a joué les valets et les intrigants, C'est être bien crédule^ bien faible et bien complaisant.
FLORIDOR
Tiens , nia bonne amie, tu fais tout ce que tu peux ^our paraître méchante ; mais, au fond, tu es une bonne femme.
MADAME FLORIDOR
C'est. VOUS qui, bien évidemment, êtes un bon homme et un très-bon homme : vous avez fait de belle besosme pendant les quinze jours que je viens de passer à la campagne ; j'arrive, et il n'est question d'autre chose dans toute la ville de Senli s. Gomment, monsieur Floridor, vous qui êtes aimé, considéré, reçu dans les meilleures maisons ; qui menez, au sein du plus heureux ménage, une vie exemplaire ; qui jouissez honorablement d'une fortune acquise par l'exercice de votre art; recevoir, accueillir un petit libertin, un petit mauvais sujet qui s'est rendu coupable d'un enlèvement! car, vous en direz tout ce que vous voudrez, c'est un enlèvement. Dans les drames et les comédies que nous avons joués tous les deux autrefois, c'est fort bien; mais hors de la scène, c'est fort mal : et, pour comble de scandale, loger chez vous la victime intéressante, une petite folle, une petite inconséquente, pour ne pas dire quelque chose de pis I car enfin une fille qui abandonne ses parents, pour suivre un ravisseur, ne mérite-t-ellepas ?... Vous avez raison, je suis bonne, douce, indulgente ; mais, sur mon âme, il y a là de quoi révolter, et cela me révolte.
FLOKIDOR.
Mais, d'abord, ma femme, il n'y â pas d'enlèvement dans tout ceci : la jeune personne est arrivée toute seule par la diligence; le jeune homme est venu de son côté à pied et son petit bagage sur son dos. J'étais à la répétition, à donner les traditions du baron d'Albikrac à cette troupe* de comédiens qui est venue pour la foire : on vient me dire qu'une jeune demoiselle demande à parler à son cousin le comédien. Vous savez que, quoique je ne joue plus la comédie, je ne suis connu que sous ce nom-là, dans la famille et dans la ville. Je vois une petite personne d'une mine assez éveillée ; mais, les yeux baissés, rougissant, hésitant, et d'une voix tremblante, me disant qu'elle est enchantée de faire ma connaissance ; qu'Auguste et cl^e n'ont plus de ressource