SCENE III
FLORIDOR
Allons, nigaud, salue ta cousine^ embrasse-la, et parlons d'affaires.
MADAME FLORIDOR
Oui, mon cher cousin, tout est pardonné.
FLORIDOR
Enfin voilà un jeune homme coupable d'un rapt.
AUGUSTE
D'un rapt, mon cousin?
FLORIDOR
Donnez à ce petit accident-là tel nom que vous voudrez : il s'agit, pour me servir des termes du métier de ton père l'avocat, de civiliser l'affaire.
LISE
Impossible, mon cher cousin : si vous saviez, ils se détestent autant que nous nous aimons.
AUGUSTE
J'avais pensé à un. moyen qui serait sûr,
FLORIDOR
Et lequel? voyons, petit cousin.
AUGUSTE
Il faut commencer par me marier à Lise.
FLORIDOR
Sans le consentement de ton père, du sien? mariage nul.
AUGUSTE
Ils finiront par l'approuver. En attendant, j'ai de la mémoire, de l'organe, de la jeunesse; je me fais comédien, comme vous; je n'ai besoin de personne. Gomme vous, je fais fortune, et nog parents nous pardonneront, comme ils vous ont pardonné.
MADAME FLORIDOR
Il a raison ; c'est ce qu'il y a de mieux à faire.
FLORIDOR
Mon cher Auguste, me préserve le Ciel de déprécier une profession dans laquelle j'ai vécu trente ans avec honneur. La comédie est un art qui tient fort bien sa place après les autres ; mais, comme dans tous les arts, il faut y être poussé, pour ainsi dire, par une force irrésistible. Toi, tu veux te faire comédien par désespoir d'amour? Sottise, abus. Il faut que tu épouses ta cousine, que tu sois avocat comme ton père. 11 ne s'agit donc que d'obtenir son agrément.
MADAME FLORIDOR
Oui : mais comment y parvenir?
FLORIDOR
Croyez-vous donc que je n'y aie pas songé? Voilà dix jours que ces chers enfants sont chez moi ; en voilà neuf que j'ai écrit à leurs parents.
LISE
Vous avez écrit à mon père?
FLORIDOR
Ils savent que c'est chez moi que vous vous êtes réfugiés. .
AUGUSTE
Ils le savent!
FLORIDOR
J'attends leur réponse aujourd'hui même.
LISE
Aujourd'hui ?
FLORIDOR
Et je suis prêt à les recevoir?
AUGUSTE
Comment à les recevoir?
FLORIDOR
Oui, d'après les lettres qui leur sont parvenues, ie crois bien qu'ils se seront mis en route tous les deux.
LISE
Oh ! Ciel I comment nous présenter devant eux ?
FLORIDOR
Oh 1 j'ai bien présumé que vous seriez un peu embarrassés; mais je ne le serai pas, moi ; j'essuierai ie premier choc, et vous ne paraîtrez que quand il en sera temps.