ACTE I, SCÈNE IX
MADAME DORSAL
C'est moi, madame.
MADAME HIPPOLYTE
Madame, je me nomme madame Hippolyte; je vous suis adressée par madame Williem, à qui j'ai Thonneur de vendre beaucoup de choses d'occasion. Elle m'a dit qu'il serait très-possible que nous fissions quelques petites affaires ensemble, et j'ai pris la liberté de me présenter chez vous.
MADAME DORSAL
Je vous remercie, madame: j'ai l'habitude de n'acheter que du neuf.
MADAME HIPPOLYTE
Eh bien, madame, j'ai justement ce qu'il vous faut, des choses qui ont à peine été portées, en châles, en dentelles, en robes de fantaisie. Tenez, examinez.
(Elle se dispose à ouvrir des cartons.) MADAME DORSAL
C'est inutile, madame; pour le moment, je n'ai besoin de rien.
MADAME HIPPOLYTE
Jetez seulement un coup d'œil, mesdames; la vue n'en coûte rien.
MADAME BOURDEUIL.
Non, non, nous ne voulons pas nous laisser tenter.
MADAME DORSAL
D ailleurs, moi, je vous déclare que je n'ai pas d'argent.
MADAME HIPPOLYTE
Ce sont toujours les premiers mots que l'on me dit,
quand je me présente f^ans une maison; mais ils ne
m'effrayent pas. J'ai toujours un crédit de quatre mois
à la disposition des dames comme il faut. Ne vous gé-
nez nullement, je vous en prie; je sais qu^avec vous il n'y a rien à perdre.
MADAME BOURDEUIL, regardant.
Voilà un voile bien riche.
MADAME HIPPOLYTE
On le laisserait à moitié prix.... trente louis; il vient de la maîtresse d'un agent d'aflfaires qui s'est ménagé une petite faillite, et qui abandonne la pauvre créature ; cela fait saigner le cœur.
MADAME DORSAL
Ah! la jolie robe.
MADAME HIPPOLYTE
N'est-ce pas, madame ? Elle avait été achetée à crédit par la femme d'un libraire qui comptait la payer sur le succès d'uii ouvrage romantique dans le genre du Renégat; mais leâ journaux ont tué le roman, les exemplaires sont restés dans la boutique, et maintenant il faut vendre la robe.
MADAME DORSAL
Et ce châle ?
MADAME HIPPOLYTE
Oh! il est retenu; je l'ai pris d'une dame du grand Opéra qui a eu le malheur de perdre son bienfaiteur, et je le porte à une petite actrice des Variétés qui a eu le bonheur d'en trouver un : une fille charmante qui soutient sa mère !
MADAME DORSAL
Eh ! madame, nous ne vous demandons pas tous ces détails.
MADAME HIPPOLYTE
Pardon, madame; mais c'est que dans notre état nous sommes obligées de voir toute sorte de monde.... Je devais avoir Phonneur de vous rendre visite hier; mais
Ib.