‹ ThéâtreChapitre 258 sur 335 · ACTE I, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IX

MADAME DORSAL

C'est moi, madame.

MADAME HIPPOLYTE

Madame, je me nomme madame Hippolyte; je vous suis adressée par madame Williem, à qui j'ai Thonneur de vendre beaucoup de choses d'occasion. Elle m'a dit qu'il serait très-possible que nous fissions quelques petites affaires ensemble, et j'ai pris la liberté de me présenter chez vous.

MADAME DORSAL

Je vous remercie, madame: j'ai l'habitude de n'acheter que du neuf.

MADAME HIPPOLYTE

Eh bien, madame, j'ai justement ce qu'il vous faut, des choses qui ont à peine été portées, en châles, en dentelles, en robes de fantaisie. Tenez, examinez.

(Elle se dispose à ouvrir des cartons.) MADAME DORSAL

C'est inutile, madame; pour le moment, je n'ai besoin de rien.

MADAME HIPPOLYTE

Jetez seulement un coup d'œil, mesdames; la vue n'en coûte rien.

MADAME BOURDEUIL.

Non, non, nous ne voulons pas nous laisser tenter.

MADAME DORSAL

D ailleurs, moi, je vous déclare que je n'ai pas d'argent.

MADAME HIPPOLYTE

Ce sont toujours les premiers mots que l'on me dit,

quand je me présente f^ans une maison; mais ils ne

m'effrayent pas. J'ai toujours un crédit de quatre mois

à la disposition des dames comme il faut. Ne vous gé-

nez nullement, je vous en prie; je sais qu^avec vous il n'y a rien à perdre.

MADAME BOURDEUIL, regardant.

Voilà un voile bien riche.

MADAME HIPPOLYTE

On le laisserait à moitié prix.... trente louis; il vient de la maîtresse d'un agent d'aflfaires qui s'est ménagé une petite faillite, et qui abandonne la pauvre créature ; cela fait saigner le cœur.

MADAME DORSAL

Ah! la jolie robe.

MADAME HIPPOLYTE

N'est-ce pas, madame ? Elle avait été achetée à crédit par la femme d'un libraire qui comptait la payer sur le succès d'uii ouvrage romantique dans le genre du Renégat; mais leâ journaux ont tué le roman, les exemplaires sont restés dans la boutique, et maintenant il faut vendre la robe.

MADAME DORSAL

Et ce châle ?

MADAME HIPPOLYTE

Oh! il est retenu; je l'ai pris d'une dame du grand Opéra qui a eu le malheur de perdre son bienfaiteur, et je le porte à une petite actrice des Variétés qui a eu le bonheur d'en trouver un : une fille charmante qui soutient sa mère !

MADAME DORSAL

Eh ! madame, nous ne vous demandons pas tous ces détails.

MADAME HIPPOLYTE

Pardon, madame; mais c'est que dans notre état nous sommes obligées de voir toute sorte de monde.... Je devais avoir Phonneur de vous rendre visite hier; mais

Ib.

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