ACTE I, SCÈNE IX
j'ai attendu jusqu'à aujourd'hui, parce que j'avais à toucher dans votre maison nn billet signé BourdeuiL
MADAME BOURDBUIL.
Bourdeuil I
MADAME HIPPOLYTE
Oui, madame, je suis emménagée depuis peu de jours seulement rue Chantereine, et le premier jour que j'ai mis le pied dans ma nouvelle demeure, j'ai été assez heureuse pour vendre une parure charmante aune trèsjolie dame que je ne «onnais pas encore, et qui m'a donné en payement un bon de ce M. Bourdeuil.
MADAME BOURDEUIL, à part.
Un bonde mon mari! une très-jolie dame ! Ah! mon Dieu!
MADAME HIPPOLYTE
Ce nom-là ne vous est sans doute pas inconnu, mesdames ?
MADAME DORSAI, à part.
Que va-t-elle dire ? (naut avec intention.) Oui, effectivement nous le connaissons.
MADAME BOURDBUIL , bas à madame Dorsai.
Taisez-vous donc, ma chère amie : laissez-la parler. (Haut.) C'est-à-dire que nous ne le connaissons que trèsindirectement.... comme on se connaît à Paris entre voisins.... Et vous, madame, est-ce que vous le connaissez ?
MADAME HIPPOLYTE
Ohl de vue seulement.
MADAME BOURDBUIL.
Et c'est sans doute chez cette jeune dame que vous l'avez rencontré ?
MADAMB HIPPOLYTE.
Non, madame, non; je mentirais si je disai ^ que je
356 LES DKUX MÉNAGES.
Tai vu chez elle. D'abord, ce serait^ que je ne le dirais pas, car je suis très-discrète, et je n'aime pas les propos; mais seulement je l'ai aperçu deux fois sous la porte cochère en embuscade, ayant l'air de guetter quelqu'un et de s'impatienter; il paraissait même avoir beaucoup d'humeur, comme un jaloux enlin. La première fois, je n'ai pas fait une grande attention à ce monsieur; la seconde, cela m'a paru un peu suspect. Jusque-là ce n'était encore que des conjectures, et je n'y ai attaché aucune importance ; mais quel a été mon étonnement, lorsque tout à l'heure je suis venue toucher ce bon à la caisse et que j'ai reconnu moif jaloux.
MADAME BOURDEIJIL, .^ part.
Grand Dieu ! qu'entendsje?
MADAME DORSAL
Vous nous donnez-là, madame, des détails que nous n'avons pas besoin de savoir; encore une fois, nous ne voulons rien acheter.
MADAME BOURDEUIL, toujours inquiète.
Et vous dites donc que vous avez reconnu ce monsieur à la caisse ?
MADAME DORSAL
Eh! qu'importe que madame Tait reconnu ou non. Gela ne nous regarde pas. Je vous le répète, madame, nous n'avons besoin de rien ; veuillez nous laisser.
MADAME HIPPOLYTE
Pardon, mesdames, de vous avoir dérangées ; lorsque vous aurez besoin de quelque chose, ayez la bonté de vous adresser à moi : madame Ilippolyte, rue Chantereine. J'achète, comme je vends, et me contente d'un bénéfice honnête.... Votre très-humble servante, mesdames.