DORSAY, SAINVILLE
DORSAY, entrant sans voir Sainvillc.
Allons, il ne faut pas compter sur personne ; je prends mon parti ; je quitte le monde, je me retire à la campagne.
SAINVILLE
Ah I mon cher Dorsay , vous voyez un homme enchanté, transporté ; je viens de causer avec votre chère nièce. Ma foi, si elle a quelques moments désagréables, il faut convenir qu'elle s'en accuse avec une grâce, une franchise... Eh bien, où en êtes-vous pour cette place?
DORSAY
Gomment, monsieur, où j'en suisl
* SAINVILLE
Ah 1 pardon ; vous devez être bien en colère contre moi. Tantôt j'ai refusé de vous servir, assez sèchement, il me semble; que voulez-vous? j'étais préoccupé.
DORSAY
C'est fâcheux; d'autant plus que je ne rencontre aujourd'hui que des gens préoccupés. L'un craint de se compromettre ; l'autre a donné sa parole à un ami ; celui-là sollicite pour son compte.
SAINVILLE
Oui, voilà les amis d'aujourd'hui; mais moi... Avezvous là vos papiers?
DORSAY, tirant ses papiers de sa poche.
Oui, monsieur ; mais comme vous vous feriez un scrupule de chercher à exercer la moindre influence... Il 3
SAIN VILLE
Oui ; mais, pour un ami, pour un homme comme
vous.... Donnez. (ll prend les papiers.)
DORSAY
Permettez que je les range et que je vous explique....
SAINVILLB, parcourant rapidement les papiers.
Ëh 1 non, ils sont en ordre ; excellentes recommandations, titres évidents ; je cours les présenter à mon père, à son secrétaire, à tous ceux de qui la chose dépend.
DORSAY
Mais, monsieur...
SAINVILLB.
J^emporte vos papiers; je rapporte les couplets à votre nièce; point de remerciements; je cours; je vole; je me sers moi-même en obligeant un galant homme. Soyez sans crainte, la place, est à vous.
riCÈNE XXI.
DORSAY, seul.
La place est à moi ! Ah ! voilà ce que c^est. Allons, je ne pars pas encore pour la campagne.