DORIGNY, COMTOIS
COMTOIS
Entrez, monsieur. Je ne me trompe pas : vous êtes M. Dorigny?
DORIGNY
Oui, mon ami. Le vieux maître-clerc du jeune notaire de madame Sinclair, votre maîtresse.
COMTOIS
Je sais. Cet ancien ami de madame, qu'elle se félicite d'avoir retrouvé, qui au lieu de se faire notaire dans sa jeunesse, en payant une charge avec la dot de quelque riche héritière, comme cela se pratique, a préféré épouser une jeune orpheline qu'il aimait d'inclinalion ; mais qui
3i LA VIEILLE TANTE
n'en est pas moins un honnête homme, un habile homme, qui a déjà fait la fortune de deux ou trois de ses camarades dont il est resté le maître-clerc, et à qui madame est bien aise de donner toute sa confiance. Vous voyez, madame me dit tout : c'est tout simple, je l'ai vue naître ; il y a ma foi plus de soixante ans ; j'avais déjà l'honneur d'être jockey de feu son père. Gela ne nous rajeunit ni l'un ni l'autre; mais nous nous portons bien, et nos collatéraux attendront encore quelque temps. Vous le savez : madame est veuve, sans enfants; mais elle a deux neveux et une nièce. Excusez-moi si je parle un peu; dès ma jeunesse, on me reprochait d'être bavard.
DORIGNY
Et cela ne fait que croître et embellir avec l'âge.
COMTOIS
Monsieur connaît-il les parents de madame?
DORIGNY
Je crois avoir rencontré quelquefois M. Bardolin.
COMTOIS
C'est un des neveux, un négociant. Il a un fils, Anatole Bardolin, un petit jeune homme assez naïf. Je vous mets au courant pour en épargner la peine à madame.
DORIGNY
Parlez, je vous écoule.
COMTOIS
L'autre neveu, c'est M. Vernissac; il est garçon, propriétaire aux environs de Pézenas ; mais il fait tous les ans un voyage à Paris. Quant à la nièce, madame Saint- Laurent, elle se permet d'assez grands airs, parce que son mari a une petite place à la cour ; ils n'ont qu'une fille, madpemoiselle Louise, qui est bien la jeune personne la plus aimable 1 aussi madame l'a-t-elle prise en affection, et a-t-elle obtenu de ses parents qu'elle logeât