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LES COLLATÉRAUX

COMÉDIE EN CINQ ACTES ET EN PROSE

Représentée pour la première foL'i à Paris,

sur le Théâtre de S. M. l'Impératrice, le 28 mai 1811.

Les Collatéraux^ voilà le vrai titre de la pièce. J*avais craint qu*on ne la comparât malignement au CollatéraL Tl me revenait déjà qu*un plaisant avait dit: «Z« Collatéral, les Collatéraux! n l'auteur décline. Je supprimai le second titre aux premières représentations. Heureusement j'en fus quitte pour la peur. La pièce réussit, fut louée généralement, et quand j'eus rétabli ce second titre, qui pourrait être le seul, un bon journaliste de province imprima qu'on me gavait gré d'avoir multiplié le CollatéraL

Dans cette comédie, tout est subordonné au.personnage principal; c'est un grand avantage. Le caractère de la vieille lante s'annonce, se développe et se soutient jusqu'à la fin d'une manière piquante et originale. Comme le dit un des interlocuteurs, elle réunit à la fois bon esprit, bonne tête et bon cœur. Quelques personnes ,ont blâmé sa colère du troisième acte. J'avoue que là, sans trop grand. sujet, elle semble avoir un peu perdu la tête ; mais cette vivacité, cette impatience de la moindre contradiction, me semblent d'abord prouver combien elle s'est habituée à être obéie; et puis, cette colère qui lui prend parce que, dès sa première proposition, ses parents ne veulent pas marier sa petite-nièce comme elle l'entend, me semble bien prouver son bon cœur et sa vive

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amitié pour cette petite-nièce. Les bourrus bienfaisants, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, sont bien usés au théâtre, mais y réussissent toujours. Ma vieille tante, au surplus, se relève et reprend complètement son bon esprit et sa bonne tète dans les deux derniers actes.

On m'a demandé pourquoi je n'avais pas fait de M. Dorigny un notaire, au lieu d'eu faire un vieux maître clerc. 11 fallait que l'homme à qui madame Sinclair donne sa confiance, et au fils duquel' elle veut marier sa petite-nièce, fût pauvre et désintéressé. Plus d'un notaire est désintéressé sans doute; mais j'en connais peu à Paris qui ne soient pas riches, ou qui ne se donnent pas pour riches.

Ce rôle de M. Dorigny contraste bien avec mes avides collatéraux. Son désintéressement n'est pas romanesque ; il cède à la fin, et consent que son fils épouse une riche héritière. Gomme il le dit lui-même, il ne cherche pas les richesses, mais il ne les fuit pas. Je me félicite- d'avoir présenté un homme pauvre, mais heureux dans un temps où, grâce 4 la cupidité presque universelle, chacun ne voit de bonheur pour soi et pour les siens que dans l'argent et dans la manière la plus expéditive de le dépenser. Le modèle de ce rôle existe : il y a vingt-quatre ans, il était déjà mai tre-clerc de l'étude où j'étais troisième ou quatrième clerc; aujourd'hui il est encore maîtreclerc de la même étude.

Le rôle de Yernissac se détache bien des autres collatéraux. Il a une teinte d'humeur gasconne qui jette de la gaieté dans toutes ses scènes. Les autres collatéraux ont des physionomies plus ressemblantes entre elles ; ils ont tous le même but, il était difficile de varier leurs physionomies. Madame Sinclair,

Dorigny et Vernissac occupent presque toujours la scène, et il ne me restait que' très-peu de place à donner au développement des autres personnages.

L'origine des amours du jeune homme et de la petite-nièce est un peu romanesque, et le public ne s'intéresserait guère à ces amours, si la vieille tante, à qui il s'intéresse beaucoup, ne travaillait pas uniquement à les faire réussir.

J'ai éié presque toujours heureux dans mes expositions : ici je ne le suis pas. L'exposition se fait par un vieux valet et une jeune femme de chambre, qui racontent ce qu'ils savent au vieux maltre-clerc. Il est bien évident qu'ils ne lui parlent que pour parler au public. Mais dans beaucoup d'autres de mes pièces, les premiers actes sont supérieurs aux derniers : ici c'est le contraire. Je crois pouvoir citer comme les meilleures scènes la grande scène de l'assemblée de famille au cinquième acte. Tous les journaux ont' comparé madame Sinclair, prononçant entre Ernest et Vernissac, à Sémiramis entr^Arsace et Assur; c'est en effet la même situation. Je me félicite d'avoir tenu le rôle de madame. Sinclair, pendant toute cette scène, dans une juste mesure. Il y avait le danger de lui donner l'apparence d'une de ces vieilles Aramintes de comédie qui veulent se faire épouser.

Je plains sincèrement les personnes âgées et riches qui n'ont point d'héritiers directs et semblent être dans la nécessité de faire un testament. En supposant que, pendant leur vie, elles soient à l'abri des fausses et perfides amitiés, des importunités, des obsessions, des vœux secrets pour leur mort prochaine, elles ont presque la certitude que dès le lendemain de leur mort les larmes seront interrompues par des discussions sur leur testament, que la douleur cédera la

place à la joie d'être légataire, ou à l'humeur de ne pas l'être; et quelle 'qu'ait été d'ailleurs leur justice ou leur libéralité dans leurs dispositions, elles seront accusées d'ingratitude et d'oubli. Il faut prendre son parti comme ma vieille tante, rire aux dépens de tous ses héritiers, et dominer sa famille, au lieu de se laisser dominer par elle; mais pour cela il faut conserver sa tète bien saine jusqu'à la fin, et retrou-» ver un ami sincère et désintéressé comme M. Dorigny.

On a reproché à plusieurs de mes dernières pièces d'être encore des marionnettes; ici, l'on ne me fit pas le même reproche, et cependant je crois qu'il aurait été fondé. Mes collatéraux sont de vrais fantoccini que ma'vieille tante fait mouvoir à son gré. Le sujet est si fécond, si étendu !

Duceris ut nervis alienis mobile lignum.

Je ne réponds pas de ne pas faire encore d'autres marionnettes.

PERSONNAGES

M™o SINCLAIR, veuve, âgée de soixante ans, sans enfants M™® Mole.

VERNISSAG / ses \ M. GhotEU

BARDOLIN \ héritiers | M. Mars.

M«n« SAINT-LAURENT. vcollatéraux.) Mi»o Régnier.

ANATOLE BARDOLIN, fils de Bardolin M. Armand.

SAINT-LAURENT, mari de M™« Saint- Laurent M. Vigneaux.

LOUISE, fille de M«e Saint-Laurent. M}^^ Fleury.

DORIGNY, vieux maître-clerc de notaire M. Ghazel.

ERNEST DORIGNY, son fils M. Thbnard.

COMTOIS, vieux domestique de M™« Sinclair M. Val ville.

ROSE, femme de chambre de M"**' Sinclair W^^ Charles.

GABRIEL, valet de Vemissac M. Pélissié.

La scène sjb passe à Paris, chez M™" Sinclair.

LA

ou

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