XIV INTRODUCTION
rielte mise eu scène par Picard ait aucun fondement réel, mais elle s'accorde bien avec le caractère connu du plus célèbre acteur comique du dix-huitième siècle. Le Vieux Comédien^ du reste, n'a pas eu moins de succès en son temps que les Voishis^ Monsieur Musard^ ou les Ricochets. Il eut plus de trente représentations, ce qui était alors magnifique.-
Des différentes comédies que Picard fit jouer après * sa retraite définitive, après aussi qu'il eut publié les djx volumes de 1821, les Deux Ménages nous ont paru avoir le plus de droit à figurer dans notre recueil. Nous avons donné la préférence à cette pièce sur les Trois Quartiers qui n'eurent pas moins de succès à l'origine. Picard a peut-être eu moins de part aux Denx Ménages^ qu'il signa avec Wafflard et Fulgencè, qu'aux Trois Quartiers^ qu'il signa avec Mazères. Mais les Deux Ménages sont demeurés bien plus vivants (jue les Trois Quartiers, Les circonstances politiques contribuèrent sensiblement au succès de cette dernière comédie ; elle parut en 1827, au moment où l'antagonisme des classes s'était ranimé. Les trois quartiers de Paris, mis en présence par les auteurs, sont la rue Saint-Denis, la Chaussée d'Antin et le Fauboug Saint-Germain, représentant le commerce, la finance et la noblesse. Ce fut l'opposition établie entre ces trois centres parisiens, qui excita la curiosité, et, quoique les Trois Quartiers soient une pièce très-bien faite, il est douteux qu'elle offrit aujourd'hui un intérêt capable d'en soutenir une reprise.
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Les Deux Ménages^ au contraire, eut été remis dernièrement à la scène; la Comédie française continue de les donner de temps en temps, et ou les revoit encore avec beaucoup de plaisir. Voici la distribution actuelle (avril 1877) :
Dorsay. . . MM. Proudhon.
Bourdeuil . Joiimard.
M™o Bourdeuil M"»*^» Broisat.
M"'" Hippolyle P. Granger.
M«»e Montalan . ..... Lloyd.
Mm« Dorsay Bianca.
Enfin nous avons donné place dans ce volume à Topéra-comique qui commença la réputation de Picard, les Visitandhies, Cet opéra-comique est resté au répertoire, tant pour la valeur du livret que pour celle de la musique. On en entend encore parler souvent, et il aurait pu arriver à plus d'un lecteur d'être déçu, s'il lavait cherché dans nolro recueil sans l'y trouver. C'est, d'ailleurs, un spécimen assez inoffensif de ces pièces où, pendant la Révolution, l'on mit en scène des religieux et des nonnes.
Nous n'avons reproduit aucune comédie en vers. Picard a beaucoup plus vieilli en vers qu'en prose.
Le texte que nous suivons fidèlement est celui donné par l'auteur dans l'édition en 10 volumes, de 1821. Les Deux Ménages, joués en 1822, ne sont pas dans ces dix volumes ; c'est pourquoi ils n'ont pas de préface de l'auteur. Nous nous conformons pour
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cette pièce au texte de Téditioa originale publiée à Paris, chez J.-N. Barba, en 1822.
De chacune . de ces comédies nous avons eu soin de nous procurer les éditions originales, afin d'indiquer ce qui n'est pas dans Tédition de 1821, le théâtre où elles parurent pour la preinière fois, et les acteurs qui créèrent les rôles.
Louis Mol and.
COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE
Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre de Sa Majesté l'Impératrice^
le 15 janoier 1807.
Il n'y a qu à dépeindre la dépendance sous la figure d'une espèce d'échelle. Par exemple, le postillon, ou quelque autre petit garçon dont les grandes maisons sont toujours pouvues, se lève de bon matin pour décrotter le laquais; celui-ci rend le devoir à monsieur le valet do chambre ; le valet de chambre habille son mattre, souvent à la hâte, afin qu'il aille faire la cour à mylord ; mylord se dépêche pour être au lever du ministre, et le ministre pour se rendre auprès du prince.
Les Aventures de Joseph Andrews, liv. II, chap. XIII.
Quand mes amis veulent choisir entre mes petites pièces, ils balancent entre les Voisins^ M, Mnsard et les Ricochets. Moi, je suis pour les Ricochets, Qu'on me pardonne cette franchise d amour-propre, je ne trouve presque rien à reprendre dans les Ricochets, L'idée de la pièce est ingénieuse et vraie, et la pièce elle-même me parait bien exécutée. C'est un tableau en miniature de toute la société envisagée sous un point de vue assez piquant/ Les rôles du jockey, de sa petite maîtresse, du colonel et de sa capricieuse amante, ont de la grâce, de l'ingénuité et quelquefois de la passion. Ceux de M. Dorsay et de son valet de chambire ont du comique et de la vérité.
La pièce oblint un succès qui se soutient encore. Quelques personnes dirent que mes personnages étaient encore des marionnettes. Je n'en disconviens pas. Dans les Ricochets^ comme dans les Marionnettes^ tous les personnages changent subitement de volonté suivant les événements, suivant la situation où ils se trouvent ; mais la pièce offre encore autre chose. ITabord comme le passage de Joseph Andrews, que j'ai pris pour épigraphe, et qui m'a donné le sujet, elle offre un tableau par échelons de toutes les classes de la société. Tel qui se trouve inférieur de celui-ci est supérieur de celui-là, il reçoit avec soumission les ordres du premier; il donne ses ordres
avec importance au second, qui les reçoit à son tour et va donner les siens à d'autres. Plus un homme est souple devant sou supérieur, plus il est arrogant envers son inférieur. Fielding monte du postillon jusqu'au roi; moi, je m'arrête au fils d'un ministre ; mais j'enchéris sur lui en plaçant à côté du premier et du dernier échelon les vrais despotes de tous tant que nous sommes. Mon petit jokey obéit à sa maitresse» Le fils du ministre obéit à la sienne ; celte maltresse obéit elle-même à un caprice, et c'est ce caprice dont elle est dominée qui domine et décide, par une suite de ricochets, le sort de tous les personnages. Enfin, en rompant toutes les espérances par la perte d'un petit chien, en les faisant renailre, en les réalisant, en opérant des mariages et faisant obtenir des places par le cadeau d'un serin, je prouve que les petites causes amènent souvent de grands effets ; je mets en action ce mot d'un ancien qui disait que la république était gouvernée par son fils ; car ce fils gouvernait sa hjère, la mère gouvernait le père, et le père gouvernait la république.
Dans les trois suites de ricochets qui composent la pièce, on devine d'avance par les premières scènes quelles sont celles qui vont suivre. C'est la faute du sujet, c'en est aussi le bénéfice. Il m'a semblé reconnaître que le public était plus satisfait de voir arriver la scène telle qu'il l'attendait que fâché de l'avoir devinée.
Un homme que je ne connais pas m'adressa, quelques jours après la première représentation, de vifs reproches d'avoir voulu le désigner dans le rôle de Dorsay. Ce n'était pas la première fois que de pareilles réclamations m'arri vaient. Comme si la comédie n'avait déjà point assez d'entraves, il s'est établi
OU plutôt il s'est renouvelé depuis quelque temps une manie de crier aux personnalités. Puisque la tâche de l'auteur comique est de peindre les gens qu'il voit, il n'est pas étonnant que, dans le nombre, quelques-uns se reconnaissent; mais faut-il pour cela l'accuser d'avoir voulu désigner tel ou tel à la risée publique? Quant à moi, je déclare franchement que j'ai presque toujours eu en vue un ou plusieurs modèles dans les ridicules que j'ai essayé de peindre ; mais je déclare aussi que je me suis attaché à changer quelque chose au portrait, que je me suis empressé de retrancher tout ce qui aurait pu faire reconnaître l'original, et qu'en* prenant Tindividu pour modèle, j'ai eu pour unique but de montrer, non pas l'homme, mais le ridicule dont il était atteint.
J'approche de celle de mes pièces qui m'a causé le plus de chagrin, les Capitulations de conscience. Si elle avait réussi, elle m'en aurait peut-être causé bien davantage. Je n'aurais pu éviter un procès avec la communauté des procureurs, et voyez la suite l Ils ne pouvaient me pardonner d'avoir mis en scène un avoué petit-maître et avide, et un autre, casuiste et d'une conscience un peu large. Si je n'en avais introduit qu'un , disaient-ils ; mais deux I Qu'auraient-ils dit s'ils avaient vécu du temps à' Arlequin Grapignan, successeur de M, Coquinière ? que doivent-ils dire quand ils voient la fameuse scène des deux procureurs dans le Mercure Galant? Il est sans doute plus d'un avoué aussi honnête qu'habile ; mais où en es- tu, pauvre comédie, si l'on ne te permet pas même les procureurs fripons et négligents 1
PERSONNAGES
SAIN VILLE, jeune colonel, fils d'un
ministre > M. Gi^ozel.
DORSAY M. Vigny.
LAFLEUR, valet de chambre de Dor-
say. M. Picard j«.
GABRIEL, jocKey de Dorsay M. Firmin.
M«no DE MIRGOUR, nièce de Dorsay. M»»o Delisle.
MARIE, jeune femme de chambre de
M'^o de Mircour. M"» Adeline.
La scèno se passe, à Paris, dans rappartcmcnt de M. Dorsay.
COMÉDIE