ACTE I, SCÈNE VIII
comme je veux, comme je crois voir : enfÎD, en les entretenant dans un perpétuel désir de me plaire, je les maintiens dans une juste et sage conduite : je préviens ou j'arrête les injustices qu'ils pourraient commettre; mon neveu Bardolin ne prête plus à gros intérêts, mon neveu Vernissac ne fait plus de dettes, et ma nièce Saint-Laurent commence à devenir bonne et douce pour sa fille et pour ses gens. Elle ne tourmente plus que son mari.
DORIGNY
Je vous vois, comme les célibataires de l'ancienne Rome, entourés de clients et de serviteurs bien dévoués, bien empressés.
MADAME SINCLAIR
Vous allez me demander quelles sont les dispositions testamentaires que je projette; nous en causerons. Je n'oublierai ni mon petit-neveu Anatole, qui est un bon jeune homme, ni Louise Saint-Laurent, ma charmante petite-nièce. C'est celle-là, par exemple, que je voudrais bien marier suivant son inclination. Voilà quelques jours que, dans nos petites promenades sur le boulevard qui borde mon jardin, un jeune homme que j'ai vu au bal cet hiver, qui paraît fort honnête, nous salue et cause avec nous. Mais je vous parle de ma petitenièce comme si vous pouviez y prendre le même intérêt que moi. Je reviens à sa mère et à ses cousins. Je lis dans leurs yeux tous les châteaux en Espagne qu'ils bâtissent sur ma fortune ; quelquefois je les aide à les construire; quelquefois d'un seul mot je m'amuse à les détruire. Hier, madame Saint-Laurent me faisait un grand éloge de la charité : je lui parlai de laisser tout mon bien aux pauvres. Avant-hier, je fis bien penser M. Bardolin, qui me vantait son ordre et son économie, en lui disant que j'avais quelque envie.de placer tout en viager sur ma tête. Mon ami, vous voyez ma conduite, mes projets. Il faut que vous me secondiez.
ic 4.
DORIGNY
Je VOUS entends. Us ne vont pas manquer de tourner autour de moi ; je les laitôerai venir. Ils me feront des confidences que je vous rapporterai. Ils tâcheront d'obtenir de moi des révélations; je me concerterai avec TOUS sur ce que je dois leur répondre, et je prendrai ma part du divertissement que vous donne leur aveugle et agile obéissance.
MADAME SINCLAIR
Et vous les verrez enchérir sur les bonnes actions que Je leur commande ; jugez comme je serais une personne dangereuse, si je voulais les pousser à mal.
DORIGNY
Ce n'est pas la première fois qu'il m'arrivera de rire aux dépens des avides et des ambitieux. Pour un homme dont le métier est de régler les fortunes des autres, et qui sait se contenter de la sienne, c'est un charme d'observer les peines, les agitations, les angoisses, qu'amène à sa suite la soif de l'argent.
MADAME SINCLAIR
Enfin, mon cher Dorigny, je ne veux me faire du bien aux dépens de qui que ce soit, je veux même contribuer au bonheur des autres ; mais j'entends qu'à leur tour ils contribuent au mien.
DORIGNY
C'est avoir bon esprit, b<mne tête et bon cœur.
MADAME BINGLAIR.
Chut, voici ma peti té-nièce.