‹ ThéâtreChapitre 7 sur 335 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MARIE

Oui, tous les matins on se trouve, on jase.

GABRIEL

On fait un échange de petits cadeaux.

MARIE

Et qui peut répondre des événements? Tout en m'endormant hier au soir, je lisais, dans un des livres de ma maîtresse, que les plus petites causes peuvent amener les plus grands effets. La pluie qui tombe, un cheval qui bronche, un lièvre manqué à la chasse, ont fait échouer ou réussir des négociations, des conjurations, des batailles. Qu'est-ce que notre mariage auprès de choses si graves? Par exemple, une circonstance qui pourrait nous être bien favorable, M. Sainville fait la cour à ma maîtresse.

GABRIEL

Qui ? Ce jeune colonel, si vif, si pétulant et à qui mon maître fait la cour de son côté, depuis que le père du colonel a été nommé ministre ?

MARIE

Si le colonel pouvait plaire à ma maîtresse, je vous ferai entrer valet de chambre à son service, et il n'y aurait pas de raison pour que le mariage des domestiques ne vînt à la suite de celui des maîtres.

GABRIEL

Et croyez-vous que le colonel plaira bientôt à votre maîtresse, mademoiselle Marie ?

MARIE

Je crois que oui ; un jeune militaire, aimable, fils d'un ministre 1 Madame ne dépend que d'elle-même, et une veuve de vingt-deux ans est pressée de se remarier,^ quand ce ne serait que par prudence. Ce qu'il y a de fâcheux, c'est qu'elle a des moments de caprices... La n i.

meilleure femme du monde; c'est par accès; heureusement cela ne dure pas; en moins de dix mois, je Tai vue lour à tour joueuse, botaniste et dévole. Elle en est maintenant à la manie des animaux. Elle m'a chargée de lui chercher un sapajou, une perruche, et je jurerais qu'hier elle n'a été si aimable au bal que j^arce qu'elle était partie enchantée des gentillesses d'Azor, son petit chien.

GABRIEL

C^est unique de s'attacher de la sorlc.

MARIE

Ils disent que ses caprices ne s'exercent que sur les choses légères; cela n'empêche pas qu'elle ne brusque ou n'accueille ses amis selon qu'elle a bien ou mal dormi, selon qu'elle est plus ou moins satisfaite de la bagatelle qui l'occupe. C'est la faute de ses parents; ils ont tellement été au-devant de tous ses désirs qu'ils l'ont habituée à en changer plus que de robes et de bonnets.

GABRIEL

Il faut bien supporter les défauts de ses maîtres, mademoiselle.

Aussi fais-je, monsieur Gabriel. Ma pauvre maîtresse! elle a trop de qualités, je suis trop bien avec elle pour ne pas lui être ^tachée; je n'ai pas dixsept ans, mais tout naïvement, sans qu'elle s'en doute, c'est moi qui gouverne, c'est elle qui obéit. C'est tout simple, quand on a été élevée dans les antichambres....

LAFL&UH, en dehors.

Eh! Gabriel.

GABRIEL

Ah! mon Dieu! c'est M. de Lufleur qui m'appelle.

MARIE

Mon oncle! je m'enfuis.

IIKJ V.' I

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