ACTE III. SCÈNE IX
corps la supplier d'en être la marraine. Et cette belle place, et ce litre que mon fils va obtenir! Vous avez vu la lettre, elle est claire. La voici. Je tiens moins au dédit qu'à la parole d'honneur que vous m'avez donnée. Je tiens au dédit par amour pour mon fils, pour votre fille. Prenez pitié de mon Anatole, et ne donnez pas votre fille à un petit artiste dont le père n'a pu parvenir à être notaire.
MADAME SAINT-LAURENT
Comme l'intérêt donne de l'éloquence !
ANATOLE
Oh! c'est que l'éloquence qui part du cœur.... Oui, depuis que vous m'avez avisé de devenir amoureux de ma cousine, je sens que je ne peux vivre sans elle. Forcez-la à m'épouser ; forcez-la : c'est pour son bonheur. C'est moi qui suis vraiment amoureux, blessé d'un trait....
BARDOLIN.
Ne t'afflige pas, Anatole ; tu l'épouseras. Tes parents ont trop de raison, trop de sensibilité, pour ne pas le la donner.
MADAME SATNT-LAURENT.
Que faire, monsieur Saint-Laurent?
SAINT-LAURENT
Ma foi, ma femme, moi, je crois.... mais je crains....
MADAME SAINT-LAURENT
Eh bien, vous cherchez à lire dans mes yeux.... Parlez, mais parlez donc, monsieur ; n'est-ce pas vous qui êtes le maître?
SAINT-LAURENT
Oh ! j'entends bien ; mais. . . .
MADAME SAINT-LAURENT
Je me décide à braver la colère de ma tante.
ANATOLE
Voilà ce qui s'appelle une bonne mère.
Ce sera la première fois.... Elle va être bien étonnée.
SAINT-LAURENT
Mais enfin doit-on se laisser subjuguer?
ANATOLE
Non, il ne faut pas se laisser subjuguer.
BARDOLIN.
La voici qui revient avec son monsieur Dorigny.
MADAME SAINT-LAURENT
Allez me chercher ma fille, mon cher Anatole.
ANATOLE
Je cours et je reviens. . (ii sort.)