‹ ThéâtreChapitre 100 sur 150 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Vous allez le livrer, sinon...

(Il regarde le père Mci-licr, qui demeure impassible, silencieux. )

Ah! la menace Ne vous décide pas?

(Môme silence.)

Eh bien! donc, à sa place, Vous serez fusillé!

FRANÇOISE

Dieu !

LE CAPITAINE

Dès demain matin!

MEULIER.

Alors, c'est sérieux? Je veux bien, moi.

FRANÇOISE

Non! grâce!

MER LIER, a Françoise.

Laisse donc!

(Au capitaine. y

S'il vous faut quelqu'un, absolument, Je suis prêt... Autant moi que l'autre assurément!

FRANÇOISE, égarée, se jetant vers l'officier.

Grâce! grâce! Épargnez mon père, Soyez pour moi seule sévère, Car moi seule ai fait tout le mal.

, Dominique est parti sur mon conseil fatal. Oui, c'est moi qui l'ai fait coupable...

lEffrayéo de ce qu'elle vient de dire.)

Mais que dis-.je là,, misérable? .

Je l'accuse...

M E R L I E Flj à Françoise.

Pourquoi mens-tu?

(Aux autres.)

C'est qu'elle ment!

Ma fille ne m'a pas quitté, je vous assure, Un seul moment!

FRANÇOISE, àlofficier.

Non! je dis la vérité pure.

(Lui montrant le moulin.)

Regardez. C'est par là Que je suis descendue auprès de lui. Sans peine, C'est par là qu'il a pu s'enfuir.

M E R L I E R, s'inlerposant et rudement.

Eh! capitaine, Puisqu'il vous faut un homme et puisque me voilà, La chose est toute claire Et ne veut pas tant de façons!

Prenez-moi, fusillez-moi, pardi! finissons!

FRANÇOISE, se précipitant.

Oh! mon père!

LE CAPITAINE, à Françoise.

Mon Dieu, si je prends votre père, C'est que je ne tiens pas l'autre. Mais vous pouvez Tout réparer encor, si vous le retrouvez!

FRANÇOISE, désespérôe.

C'est horrible!... Et que puis-je faire? Où voulez-vous, dans la nuit, dans les bois,

ACTK TROISIÈME i9

Oue je le lelrouve?

^Suppliante.'!

Encore une fois, Si votre cœur n'est pas de glace, J'implore votre appui!... Clémence, pitié, grâce:

MEULIEH.

A quoi bon lui demander grâce, Puisque son cœur est de glace?

El pourquoi tant de façons?

Prenez-moi, fusillez-moi, finissons!

FRANÇOISE

Grâce, grâce!

J'implore votre appui!

LE CAPITAINE

Choisissez : votre père ou lui!

FRANÇOISE, à ses pieds.

Tuez-moi donc, moi, tout de suite, Tuez-moi, je vous en supplie, et vile!

MERLIER

C'est trop déjà!

Puisqu'il vous faut un homme et puisque me voilà. Finissons!

FRANÇOISE

Grâce! grâce!

iV L- ATTAQUE DU MOULIN

LE CAPITAINE

Non! votre père ou lui!

l Françoise tombe défaillante dans les bras desonpère. — Au fond, le corps de la sentinelle a été placé sur un brancard de feuillages, que les soldats, éclaires par les torches, se disposent à emporter. A. ce moment, dun commun mou^emei. tous se groupent et se découvrent. — Alors, leur cbant s'élève dans la m. simple et grave, dun très haut sentiment religieux.)

LE CAPITAINE et LES SOLDATS.

Frère, nous te ferons de belles funérailles.

Si tu n'es pas tombé dans les vastes batailles,

Tu ne sors pas moins grand, tu ne sors pas moins {air

De raccomplissement de ton destin obscur!

Tu n'iras pas dormir dans le vieux cimetière. Mais, au village, si nous devons le revoir, Va, nous adoucirons les larmes de ta mère, En lui disant comment tu remplis ton devoir!

Rideau.,

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