‹ ThéâtreChapitre 139 sur 150 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

CLAUDE, simplement.

Mais, parlez-moi, madame!

DELPHINE, le regardant.

Vous aimez Jeanne !

Violent mouvement de Claude.

CLAUDE

Ah ! ne savez-vous pas Qui, vraiment, vous remplace en mon âme meurtrie

Et vers qui j'ai tendu les bras?

Mon seul amour, c'est ma malheureuse patrie. Hélas ! j'ai pu rôvcr nn jour De vous associer à moi dans cet amour ; Aujourd'hui, je n'ai d'esp('rancc Qu'en elle! Jtï n'ai d'autre avenir que le sien, Pour épargner le sang des veines de la France

Je voudrais donner tout le mien!

Vous le voyez, je suis loin de vous, je n'écoute

Qu'une voix! Vous, je ne vous entends plus; Nous pouvons suivre encor longtemps la même route Mais {ous nos liens sont rompus.

DELPHINE, ardemment, près de lui.

Non ! l'absence a ralbjmé l'étincelle

Du foyer que je croyais mort, Et mon amour est fort d'une force nouvelle. Est-ce ma faute à moi ? Non, c'est celle du sort Si tu m'aimes toujours et si je t'aime encore ! Oui, je mets ton amour au-dessus de ta gloire

Et ton cœur te dit de me croire; Car tu m'aimais jadis, tu m'aimais ardemment, Et ton premier baiser d'homme, d'époux, damant. C'est moi qui l'ai reçu ! C'est cela qui nous lie. C'est moi ! Ne me dis pas qu'un tel passé s'oublie.

CLAUDE; à mi-voix.

Vous maimez toujours et me le jurez Malgré les serments parjurés, Et vous voulez encore, comme autrefois, que j'aime!

nout.

L'amour que vous avez jadis tué vous-même, Hélas ! rien ne nous le rendra Rien ne le ressuscitera.

Vivez à mon foyer, vertueuse, honorée, Mais elle est morte en moi l'épouse et l'adorée.

DELPHINE, avec une paîsion grandissante.

Je revenais pleine d'amour,

Tout entière à celte pensée

Je me dirais : Voici le jour

Qui verra mon âme apaisée 1

Au seuil même de ta maison

La fatalité m'a saisie. Il me faut, entends-tu, ton amour, ton pardon, Oui, le pardon complet des hontes de ma vie Sinon, je suis perdue et tu l'es avec moi 1 Ne m'ôte pas mon seul espoir, ma seule foi.

Aime! Pardonne!

Dis que, sur terre enfin, moi vivante, personne Ne pourra désormais s'élever entre nous! Dis, sois mon rédempteur, mon amant, mon époux !

L'amour est mort, vous dis-je, et c'est perdre sa peine Que vouloir l'évoquer enoor.

DELPHINE, farouche.

Ce qui va naître, alors, entre nous, c'est la haine Puisque l'amour est mort.

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