ACTE PREMIER H
MÂRCELLINE.
Et VOUS nous êtes revenu, L'air content, l'âme retournée...
Qu'a-t-il donc pu vous dire?
MERLIER
Eh! ie meilleur De ce qu'on dit ne vaut que par le témoignage ! El tu sais de quel bras il abat son ouvrage.
MARCELLINE
Oui, c'est un vaillant travailleur.
Depuis un mois qu'il est, ici, mis à l'épreuve, Le moulin, qui semblait dormir, s'est réveillé.
Le vieux logis s'est égayé
D'une jeunesse toute neuve.
MERLIER
Mon vieux moulin, mon bon moulin, Depuis quarante ans je le mène.
De toute ma vie il est plein. J'y connus la joie et la peine !
De l'aube au soir, dans le frisson De l'eau transparente et glacée, La roue y chante une chanson Dont ma Françoise fut bercée.
Et, grâce au ciel, on l'entendra Rompre le blé longtemps encore; Et, sans trêve, elle reprendra Son gai refrain à chaque aurore.
Entre des mains de paresseux, J'aurais pleuré de la remettre; Mais je sais qui sera son maître, Et je mourrai fier et joyeux.
Si VOUS êtes content, ahl je le suis de même; Car, votre Françoise, je l'aime Gomme ma propre enfant!
MERLIER, attendrL
Sa mère n'est plus là, mais tu lui rends sa mère, Bonne âme, va!
MARCELLINE
Françoise m'est plus chère, Depuis que j'ai perdu ceux-là que j'aimais tant. Mes deux grands fils... si beaux!... si braves!...
(Se remettant, souriant à travers ses larmes.)
En vérité, ce n'est pas l'heure!
(Joyeusement.)
Françoise, oh! vous allez la voir.
Comme elle est belle sous son voile, Avec son doux regard d"étoile, Dans ses grands veux de velours noir!
Bon! je pleure!
Ah ! oui, belle, notre Françoise, Avec ses lèvres de framboise, Sa joue en fleur, son teint vermeil, Son front couronné de soleil!
Quel joli couple ça va faire, Elle et lui! Vous verrez, bon père, Comme des jours les ans passer.
Nous n'aurons ici, pour mieux dire, Quand leur jeunesse y va pousser.
Rien que des baisers et des rires!
MERLIER
Voilà nos invités !
(Dei paysans et des paysannes arrivent par petits groupes. Serrements de main. Saluts plusieurs fois répétés.)