SCÈNE IV
EBOLI, LE MAJORDOME, puis LE MUET.
LE MAJORDOME, d 2Mrt.
Quel regard il plongeait dans cette maison ! Aurai.s-je pour rival le roi d'Espagne et des Indes? Il part! Bonne chasse! A mon tour. {Il va pour entrer dans la posada ; le muet sort.) Encore ce chien d'arrêt! {Ilreciile, tandis que le muet marche sur lui.) Par saint Hubert ! la rage rétouffe.
EBOLi, le repoussant.
Où vas-tu? Je t'ai dit que j'ai à te parler.
LE MAJORDOME
Tout l'honneur en sera pour moi, monseigneur.
EBOLI
Qui t'appelle ici, qu'on t'y rencontre, nuit et jour?
LE MAJORDOME
Seigneur, je suis un homme triste. Ma mélancolie recherche ces sites agrestes où je suis libre de venir soupirer, en regardant...
EBOLI
Cette fonêtre?
130 MONTIGMY.
LE MAJORDOME
Cette tour de l'Alcazar (jne l'on aperçoit d'ici, et où mon noble maître mange, depuis lontemps, le pain amer de Sa Majesté.
EBOLI
Le vin de cette auberge est moins amer pour toi.
LE MAJORDOME
Je le confesse, mon prince, quand la mélancolie est trop forte, il me vient à la rescousse.
EBOLI
JXous Jurerais-tu que ce soit pour le vin seul de ce brave homme qu'on te voit, conmie un larron, rôder autour de sa demeure?
LE MAJORDOME
I/ambassadeur captif n'a, pour le servir dans sa tour, qu'une seule personne de sa suite : le petit page Arthur. Moi, je le sers dehors C'est moi qui préside aux soins de son repas. Chaque jour, vers six heures du soir, je vi<^ns, de ma personne, chercher un pain préparé par la sefiora Dolorès, et que monseigneur préfère au pain de la prison.
EBOLI
Avec cette guitare ? Est-ce la mode, en ton pays, que les majordomes aillent donner dos sérénades à leurs boulangères ?
LE MAJORDOME
La guitare est un instrument mélancolique, monseigneur. Ses cordes et mon âme geignent à l'unisson. EBOLI, impatient.
Bref, qui t'amène ici, à pareille henre'i. {Le majordome fait signe qu'il ne peut parler en prét>ence du muet.) Soit, (au muet.) Mais toi, ne me faisais-tu pas signe que tu avais quelque chose à m'apprendre? {Le muet fait signe qu'il ne peut parler en présence du majordome.) Allons, qu'on appelle la dame du iogis. Celle-là n'est pas muette.
{Le muet appelle sa femme, du seuil de la maison.)