ACTE I, SCÈNE V
Tant pis pour le poltron : c'est le brave qu'elle aime.
NINETTE
Tu prononces alors ta sentence à toi-même. Est-ce que tu te bats comme ton maître?
ACHILLE
Non.
Lui se bat à l'épée, et moi, rien qu'au bâton.
NINETTE
Au bâton ! quelle horreur !
Je suis de mon époque.
NINETTE
Je crains que mon aveu, dans ce cas, ne te choque, Mais s'il faut qu'une femme aime un croiseur de fer, Achille a son rival en monsieur Brisefer.
ACHILLE
Qui ! ce petit roquet de professeur d'escrime ?
NINETTE
C'est un brave, et qui m'a fait don de son estime. C'est un brave, te dis-je.
ACHILLE
Ilose t'estimer?
NINETTE
Et suivant ton principe, il doit se faire aimer. Me conseilles-tu pas de devenir sa femme ?
ACHILLE
Rien que pour ce mot-là, je lui mangerai l'âme.
NINETTE
Si nous aimons le sang.
ACHILLE
J'en verse plus que lui.
Il le saura ce soir. — Viendra-telle enfin ?
NINETTE
Qui?
Mais la de Beloison, ta maîtresse?
18 LE POINT D'HONNEUB.
NiNETTE, à part.
Qu'entends-je?
ACHILLE
Dame de Beloison, le beau nom pour un ange ! Viendra-t-elle ?
NINETTE
Et monsieur, pour qui le prenons-nous?
Lui, permettre à madame un pareil rendez-vous ? Jaloux comme un tigre !
ACHILLE
Ah ! pauvre homme, il m'intéresse!
Mon maître en quatre temps fait veuve sa tigresse. Quelle lame !
[Il pousse des hottes à Ninette.) Une, deux, trois, quatre.
[Il t embrasse.) NINETTE, lui donnant un soumet.
Cinq.
ACHILLE
Merci.
Le coup est féminin : donc traitre. Ah ! la voici!