ACTE III, fOÈNE XIII
qu'il veille, un jour, au berceau de vos enfants ! [au roi, en courbant la tête.) Grâce pour mon fils ! HÉLÈNE, de inême.
Grâce pour le père de mon enfant !
LE ROI
Que faites-vous? Votre vue me trouble au point... (prenant vivfinent la main d'Hélène.) Non, pas ainsi!
LA COMTESSE
C'est l'attitude qui convient à notre misère, devant l'ange de la pitié que Dieu nous envoie. J'avais deux fils, l'amour et l'orgueil de ma vie. L'un, l'honneur et la loyauté même, a péri, avec le glorieux Egmont, du supplice des traitres. L'autre... C'était l'époux de cette infortunée. Il vit. mais condamné parle Tribunal de sang. Pour aller où l'appelait le salut de son pays et la parole d'un roi, il lui a dit adieu et il l'a quittée, le lendemain de leur union. Prince, mon fils vit, et, de son vivant, je ne suis plus mère, sa femme est veuve, et son entant, orphelin !
HÉLÈNE
Au nom de la passion du Christ, j'irai supplier le roi de me rendre mon époux, le père de mon enfant condamné avec lui, avant le jour de sa naissance. C'est à vous d'abord de l'implorer, au nom de sa justice royale. Dites-lui, Ruy Gomez, comment vous avez vu la mère de Hornes et la femme de Moutigny. Ne détournez pas vos regards de ces deux suppliantes. Contemplez notre deuil, pour en rendre témoignage au roi d'Espagne contre son lieutenant. C'est le deuil d'une nation. Dans ces deux mères et dans un petit enfant, il verra toutes les mères et tous les enfants condamnés par le duc d'Albe. Sur les chemins qui nous ont amenées aux frontières de notre pays, des morts pendent aux arbres, frappés sans jugement ou arrachés à la terre pour mourir, une seconde fois, sans sépulture. Car, sous le règne d'Albe, les morts eux-mêmes sont condamnés. L'homme de sang a fait le
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procès à la mémoire du marquis de Berghes, et ce gentilhomme, dans sa tombe sans tache, a été déclaré coupable de haute trahison! Prince, un édit sans nom dans le souvenir des hommes a été porté, qui condamne à mort, comme hérétique, la population tout entière des Dix-Sept Provinces. Ami de Montigny, grâce pour ceux qui survivent! Conseiller du roi Philippe, grâce et merci pour l'honneur de votre maitre, condamné par Albe à descendre dans la tombe d'un peuple.
LE ROI, à part.
Plus charmante encore sous cet habit de deuil!
LA COMTESSE
Puissent nos larmes amères ouvrir à la miséricordieuse justice l'âme du roi Philippe! Vous êtes notre dernier espoir sur cette terre.
EBOLI
Du moins le roi saura-t-il quel homme est ce duc d'Albe.
HÉLÈNE
Ah ! s'il doit connaître, à un seul trait, son ministre, qu'il sache donc que, là bas, une sentence a été proclamée, qui promet au glaive la tête de l'absent ! Quelle ironie du sort ! Dans notre détresse sans seconde, nous nous réjouissions de le voir échapper, de sa prison espagnole, au bourreau qui l'appelle au seuil de son foyer!
LA COMTESSE
Par quelle autre ironie d'en haut les astres m'avaientils prédit que je ne fermerais pas les yeux de mes enfants? Et moi, à chaque heure du jour et de la nuit, je les ai bénis! Dieu du ciel ! est-ce donc que le destin, aussi impitoyable que le duc d'Albe, se jouait avec la pauvre âme d'une mère? C'est le bourreau d'Albe qui a fermé les yeux de mon fils de Hornes! Et n'est-ce pas lui encore... ?
EBOLI
Par le Dieu d'en haut! je jure...