ACTE IV, TABLEAU I, SCÈNE II
MONTIGNT.
Eboli?
En quel lieu et à quel niom«}nt devions -nous pour revoir?
MONTIGNY
Parlez, Ruy Gomez.
EBOLI
Montigny, je sers un maitre cruel. Mais je t'aimais.
MONTIGNY
Parle. Car, je le sens, tes paroles ne m'en diront, pas plus que ton silence.
EBOLI
Si je parle, Montigny me pardonnera-t-il, à l'henre dernière de sa vie?
MONTIGNY
Eh ! n'ai-je pas cessé de vivre, depuis le jour où ton maitre m a souri, dans son palais? Quand il m'a soiîri, j'étais condamné. A quelle heure viendra l'homme du roi?
EBOLI
Cette nuit. A la deuxième heure.
MONTIGNY
Bien. Il me trouvera prêt.
EBOLI
Avant lui, deux autres hommes paraîtront, et tu sauras pourquoi c'est moi qui les précède. Le prêtre viendra le premier. Le notaire, ensuite.
MONTIGNY
Qu'ai-je affaire du prêtre? Si le roi d'Espagne croit en Dieu, c'est à lui de se confesser. Pourquoi un notaire?
EBOLI
C'est la volonté du roi que Montigny dicte son te.stament, ainsi qu'un homme se sentant près de sa fin.
MONTIGNY
Ah ! c'est bien le roi Philippe qui t'envoie ! Et croit-il donc que je me porte ici son complice contre moi-même'.'
150 MONTlaîîY.
Qu'il me fasse égorger dans la nuit de ses prisons. Un jour, de ma tombe surgira le témoin de sa félonie. Est-ce là tout, Eboli?
EBOLI
Non. Il me reste à implorer ta propre pitié pour ta femme et pour ton enfant.
MOXTIGNT.
Mon enfant ! J'ai un enfant?
EBOLI
Un fils. Depuis trois ans.
MONTIGNY
Oh! la nature violée jusque d:ms le cœur d'un père! En sont-ils venus là, Eboli, que, trois ans durant, ils cachent à un prisonnier qu'il est père? Ils m'ont appris la mort de mon frère, et ils m'ont laissé ignorer la naissance de mon fils !
EBOLI
Écoute maintenant. La sentence portée par Alvarez de Tolède emporte la confiscation des biens. A la condition que j'ai dite, le roi veut que la peine s'arrête à la mort de Montignj.
MONTIGNY
Ainsi il se souvient que j'ai une femme et un enfant! N'est-ce pas, prince d Eboli, que ton roi n'est pas un assassin ordinaire ?
EBOLI
Le notaire viendra-t-il?
MONTIGNY
Je livrerai ma tête sans défense aux envoj'és de Philippe. Je ne lui vendrai pas mon honneur dans un testament qui absolve le bourreau. Que celui-ci vienne seul.
EBOLI
Montignj, un dernier mot. Si le notaire vient, il te sera permis d'adresser ton adieu écrit à ta mère, à ta femme, à ton fils.
MONTIGNY
Et s'il ne vient point ?