‹ ThéatreChapitre 144 sur 183 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

LE ROI, lui prenant la main.

Non pas ainsi. Dans mes bras.

HÉLÈNE

0 roi ! jusque dans la prison de mon époux !

LE ROI

Il est libre, madame, votre époux. C'est le roi qui l'a voulu. Rassurez -vous. Regardez-moi. Venez.

HÉLÈNE

Laissez-moi donc remercier le ciel.

LE ROI

C'est moi qui sauve le condamné. C'est moi qu'il faut remercier.

HÉLÈNE

Et je le fais aussi, Majesté.

LE ROI

Pas ainsi, je vous dis. Laissez-moi vous regarder. C'est moi qui embrasserai vos genoux pour vous demander merci. Je t'aime, depuis quatre ans. Le martyre que j'ai enduré, depuis que je t'ai vue, nulle oreille humaine ne l'a ouï exprimer. Seule, la pensée d'une femme longtemps désirée peut le concevoir. Hélène, ange, créature céleste, pitié, à ton tour !

HÉLÈNE

C'est à vous, sire, qu'il faut demander pitié pour vous. Pitié pour votre honneur que frappe de mort chacune de vos paroles. C'est moi qui vous la demande pour le roi Philippe.

LE ROI

Insensée ! demande-la donc pour celui que tu crois libre !

HÉLÈNE

Quoi! pas libre, lui? Ne m'avez-vous pas dit qu'il est libre? que c'est vous-même qui l'avez voulu?

LE ROI

Mais croyez-vous donc, maiiame, que tout n'ait pas été prévu comme il le fallait? Je veux qu'il s'échappe de

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sa prison, oui. Regardez. IX'est-elle pas vide? Approchez Mettez la main sur l'échelle par où il s évade, en ce moment.

HÉLÈNE, posant la main sur téclielle.

La corde tremble. Il n'est pas encore au pied de la tour.

LE ROI

Au pied de la tour, il trouvera une poterne qui su; s'ouvrira que sur un signal de ma main.

HÉLÈNE

Par tout ce qu'a de sacré un roi et un chrétien, grâce!

Sa grâce est sur mon cœur. Elle est sur tes lèvres frémissantes. Je t'aime, vois-tu? je t'adore comme la pà!(^ madone que j'appelle, la nuit, en lui parlant de toi. Tôt:; ce qui arrive, arrive parce que je t'aime ainsi. Si j'ai voulu qu'il tente cette évasion, c'est pour qu'il ne soit pas? entre nous le mortel obstacle. Aime-le donc assez poirr prendre en miséricorde mon amour à moi. Oui, regarcfe bien celte fenêtre, tends bien l'dreilie. Mais sache qiît-^ si toi même veux lui donner le temps d'échapper à rtr.i haine, c est ici, dans mes bras, qu'il faut me le faire onblier. Un mot de ta bouche, et, au pied de la tour, îic^; dernière porte s'ouvre devant lui, et il est loin de moi., libre alors. Un autre mot, et, au seuil d'une autre porte fermée, c'est l'arrêt de translation à Simancas qui l'attend...

HÉLÈNE, avec terreur.

A Simancas?

LE ROI

Simancas, d'où l'on ne s'échappe pas. Car on j meiHi; de mort naturelle.

HÉLÈNE, à part.

Ciol ! le dernier mot de Gemma !

LE ROI

Pourquoi ce silence?

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