ACTE V, SCÈNE IV
HÉLÈNE
Je pardonne à ton désespoir. Tu vivais et j'allais mourir. Regarde.
[Elle lui montre le poignard, que Montigny saisit.)
MONTIGNY
0 roi! voilà tous les crimes en un seul! [à Hélène.) Toi, pardonne-moi. Dans l'air que ce monarque respire, il y a une odeur de trahison à flétrir la couronne d'un martyr !
Frappe donc. Car, aussi vrai que tu as mortellement atteint mon honneur royal, tu ne sortiras d'ici que pour mourir.
MONTIGNY
Bien, don Philippe. Enfin, tu relèves la tête ! De voir humble et tremblant celui à qui des millions d'hommes disent : Majesté, vi^iment, cela fait grand'pitié. Toutefois, garde-toi de parler trop tôt en maitre. Ici, vois-tu? il n'y a qu'un maitre. C'est celui qui a le poignard. LE ROI, se tournant vers la porte.
A moi !
MONTIGNY, le prenant au hras.
Un mot, un pas : mort ! Ecoute en silence, immobile comme tantôt. Je vais t'adresser une seule question. Tu répondras par un signe. Tu répondras si bas que personne là ni là [il 7nontre la porte et la feyiêtre) n'entende ta voix, n'accoure à ton aide. Par où sort-on d'ici? [Silence.) Tu ne réponds pas? Hâte-toi pourtant. Dans le palais de Philippe, il doit se trouver des portes secrètes, invisibles, qui s'ouvrent seules, par où l'on entre sans bruit et l'on sort sans témoin; des portes par où pénètrent, la nuit, le poison et le stylet.
LE ROI. jetant un regard vers î entrée cachée.
Oh ! ce muet!
MONTIGNY
C'est là! Eh bien. Majesté nous attendrons ensemble que l'homme fasse son entrée.