‹ ThéatreChapitre 146 sur 183 · ACTE V, SCÈNK IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNK IV

HÉLÈNE

Ah ! c'était ta grâce !

MONTIGNY

Ma grâce? Lui?

{Il est prêt à jeter le papier à la face du roi et le jette à ses pieds.)

LE ROI

Oseriez-vous outrager le roi ?

MONTIGNY

Bien répondu, sur mon honneur! Je trouve chez moi, la nuit, un malfaiteur quelconque, et, si je lève une main à la hauteur de sa joue, il me demande : " Allez- vous outrager le roi? " {Il éclate de rire.) Mais à quoi donc, au nohle paysd Espagne, distinguerait-on, dans cette ombre, le roi d'un larron? Ce visiteur nocture dit qu'il apporte ma grâce et qu'il est le roi? Sang-Dieu! et depuis quand le roi Philippe va-t-il nuitamment porter leur grâce à ses condamnés ?

LE ROI, à Hélène.

S'il doit vivre dans une heure, priez Dieu qu'il ait brisé sa raison, {à Montigny .) Me reconnaissez-vous'f

MONTIGNY

On a éteint la lampe, mon hôte. Laissez -moi vous regarder de près.Une pâle face! En effet, je dois avoir déjà rencontré ce gentilhomme, {voyant le roi se retourner vers la porte, et s avançant pour ï" empêcher de passer.) Attendez donc. N'était-ce pas à la cour? Les grands du pays lui disaient : Don Philippe, et les ambassadeurs étrangers: Don parjure et don mensonge. Pardieu! si je le reconnaîtrai ! Il y avait là des courtisans qui l'appelaient Majesté catholique, et des courtisanes qui l'appelaient Majesté adultère. Son fils, dont il a épousé les deux fiancées, aurait pu l'appeler Sire inceste, si le père n'avait, pour la seconde noce, versé du poison au fils. Oh! ce doit être le roi, Dieu me pardonne ! et je l'ai bel et bien outragé en le prenant pour un larron ! C'est le roi

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en personne avec qui vous étiez là, madame, {Le roi fait un mouvement pour tirer son épée. Il est sans arme.) mais, vous le vovez, un roi sans épée. L'épée? Bon pour les pères empereurs et les frères bâtards qui gagnent eux-mêmes leurs batailles ! Pourquoi faire à ce serviteur de Dieu et des dames ? L'épée du chevalier au roi guetapens? L'arme qui, à la face du soleil, cherche le cœur d'un homme, à ce maître des Espagnes et des Indes qui s'en vient attendre, à l'ombre des nuits et au coin des prisons, les femmes de condamnés à mort qui passent?

Car, les voilà, ses batailles, à ce meurtrier d'Egmont et de Hornes ! A ce mystique chevalier de la madone il faut de ces conquêtes mystérieuses. Il faut, mêlées au sang des hommes, des larmes de femmes criant grâce et merci! Là est l'ineffable volupté de ces moines couronnés. L'alcôve sur l'échafaud ! L'attouchement des lèvres, en face des têtes qui tombent! Oui, oui, je te reconnais tout à fait maintenant. Tu n'as pas menti. C'est toi qui es le roi. Mais alors, — car, je finirai par me ressouvenir,— que venais-tu faire ici? Puisque tu es ce roi-là, quelle action royale venais-tu commettre chez moi? Car, tu es chez moi ici, et le cachot d'un ambassadeur près la cour d'Espagne est inviolable, n'est-il pas vrai? De plus, cette femme est la mienne. Comment te trouves-tu auprès d'elle, quand ton hôte n'y est pas? Ma grâce? Elle m'a dit que tu lui apportais ma grâce ! Mais toi, tu ne m'as pas encore dit à quel prix cette grâce allait tomber sur ma tête !

HÉLÈNE

Montigny...

MONTIGNY

Arrière, femme !

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