SCENE PREMIERE
JENNEVAL couché sur la paille, tenant sa carabine embrassée ; HECTOR, 'K.kREXj, jouant aux dominos sur un tambour, pipe en bouche, carabine sur l'épaule, avec pistolets à la ceinture.
KAREL
Ta veine me poursuit de sanglante manière. Battu depuis un mois, de Bruxelles à Lierre ! Sais-tu bien que j'enrage, entre nous?
HECTOR
C'est ton droit.
Tu pourrais, sauf respect, donner la main au roi, N'était qu'il joue un trône, et toi, des huitres. Mêle.
{Il pousse les dés .)
KAREL
Manche à manche. Mordieu ! je vais gagner la belle.
HECTOR
Comme lui, le Moerdjk.
KAREL, posant un dé.
Du six.
{Coups de fusil au camp orangiste.)
Quelle heure est-il?
J'entends chez le voisin tousser un vieux fusil.
V^ SENTINELLE, en dehovs.
Sentinelle, prenez garde à vous !
HECTOR
Bah! six-quatre.
184 JENNEVAL
2® SENTIISTELLE, au loitl.
Sentinelle, prenez garde à vous !
{Nouveaux coups de fusil.)
KAREL
Crac ! Se battre A jeun? Le voisin est malade.
HECTOR
Franchement, Cela se pratiquait, au Parc, honnêtement. Nul n'a vu...
KARBL .
Quatre-cinq.
HECTOR
Au fort de la mêlée, L'ombre d'une cartouche avant le jour brûlée. Cinq-trois.
KAREL
Double-trois.
HECTOR
Tant d'heures au coup de feu ; Tant pour se rafraîchir, causer, jouer un peu. On aurait dit l'emploi de leur temps et du nôtre Sur l'agenda commun réglé de part et d'autre, Les balles n'arrivant qu'après le déjeuner Et le tir se fermant à l'heure du diner. Au coucher du soleil, nous, de façon civile, Ainsi qu'un bon bourgeois, venions souper en ville. Tandis que, s'arrangcant au Parc comme chez eux. Nos hôtes s'y tenaient aussi cois que, — blanc- deux. Que s'ils craignaient, au saut de leur lit taciturne. De se faire empoigner pour tapage nocturne. Et nous de leur repos, en leurs bas-fonds malsains, Prenions tous les soins dus entre honnêtes voisins, Eux là-haut, nous en bas, chacun chez soi, tout comme Deux vieux cousins brouillés quis'aimaient bien, en somme. Beau temps !