‹ ThéatreChapitre 153 sur 183 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

KAREL

Deux- six,

HECTOR

Six-blanc. Jeu fermé, (Ils se lèvent.)

Brabançons, Le pur faro de V Aigle aspergeait nos chansons Dans vingt libations à nos morts de la veille, En attendant qu'au Parc, où sans bruit on s'éveille,^ Saint-Jacques eût sonné le café. Pour lors, nous, Nous montions retrouver nos gens au rendez -vous,. Qui, loin du champ natal où rêve la tulipe. Songeaient à la payse, en bourrant une pipe.

.JENNEVAL, assis.

Du feu Sainte-Gudule envoyait le signal.

HECTOR

J'ai cru que tu dormais, tic quoque, Jenneval.

.JENNEVAL, se levant.

La veille du combat pour dormir est trop belle. Je vous écoute, amis. Chaque mot me rappelle Que vous êtes toujours le sang de ces bourgeois Dont le sol jusqu'à nous no porta point de rois. Pour vous, francs héritiers de l'ancien caractère, La blouse du travail est l'habit militaire. Et vient montrer au camp, ce forum mitoyen, Dans le libre soldat du jour, le citoyen !

On se battrait ainsi des mois.

HECTOR

Et des années.

JENNEVAL

L'étranger, au tableau de vos quatre journées,

Pourra rire de voir les fils de vos aïeux

Courir du champ de mort à des concours joyeux;

Mais qui s'avisera de rire, camarades.

En les voyant, debout parmi les barricades.

18G JENNEVAL

Reprendre, au feu du jour héroïque qui luit, La partie et les coups qu'interrompait la nuit; Répéter, fer en main, chaque toast de la veille; Dune âme dans la tête et la guerre pareille, Achever, en tombant, ces étranges joueurs. Les chants où le tocsin mêle sa voix aux leurs?

HECTOR

Us sont les tiens, ces chants que la Belgique libre Plus jamais n'entendra, sans que son âme vibre : Car ces cartels de guerre envoyés en son nom. Ta main les a signés en face du canon.

JENNEVAI,.

Votre patrie, autant que la mienne, m'est chère. Pour elle je mourrais comme un fils pour sa mère.

HECTOR, lui étreignant la main.

Ah ! nous ne mourrons pas du moins sans déjeuner. Combien d'huitres, Karel, viens-je de te gagner?

Cent.

HECTOR

Donc, que Chassé rende Anvers ou qu'on l'en chasse, On lui donne trois jours francs pour vider la place. Le quatrième, jour de noce, Per Bacco!

Le vieux Rhin se marie aux huitres sur l'Escaut.

(à Karel.) Ta revanche?

{à Jenneval.) Toi, dors.

JENNEVAL

Je ne puis. Ma pensée D'un vain rêve de nuit suit la trace insensée.

KAREL

Et pourquoi vain, un rêve à l'aspect deux fois cher, A nous ici présent en esprit comme en chair?

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