ACTE I, SCÈNE II
Le gentilhomme fat, le maudit personnage Qui, depuis l'autre été, se fixe au voisinage...
ACHILLE
Monsieur de Beloison, pardieu ! ce blond rival ! Mais vous n'y pensez pas. Un homme de cheval Sait-il la langue humaine?
GEORGE
Il est temps qu'il la sache, Et ce que coûte un mot dont un honneur se tache.
ACHILLE
Avec nous la leçon commence au point du jour.
GEORGE, regardant le balcon de Lucile.
Paix, et salut à vous, lieux chers à mon amour !
ACHILLE
D'honneur, un tel cartel au sortir de voiture, Sera d'un tel voyage une digne clôture ! Il ferme bien la marche, il est le dénoùment Par où le débotté vient honorablement !
Après six mois perdus sur la terre étrangère.
Long exil qu'imposa ta haine passagère,
De cette éternité lorsque le terme luit,
Oh ! de quel pas pesant et lourd marche la nuit
Qui de tes yeux, Lucile, éloigne encore George!
ACHILLE
Et l'empêche, mordieu ! de se couper la gorge! Monsieur, le glorieux voyage à raconter Si vous vouliez écrire et vous faire éditer ! Durant l'éternité d'une honorable absence, Tant de duels ont partout marqué notre présence Que tout lecteur ici dirait, vous admirant : L'auteur a parcouru l'Europe en conquérant !
GEORGE
Je te l'ai déjà dit, mais je te le répète — C'est la dernière fois — silence, sur ta tête !
6 LE POINT D'HONNEUK.
ACHILLE
Sur ma tête, monsieur ?
GEORGE
Oui, confident discret, S'il te la faut briser pour y mettre un secret. Quelle mémoire as-tu ?
ACHILLE
C est une belle fille.
Ou plutôt, sauf respect, c'est un fils de famille : Elle ne garde rien et perd tout en chemin.
Qu'elle garde ceci : tu mourras de ma main, Si tu ne te souviens, toujours jouant le drôle. Qu'il te faut d'un muet remplir ici le rôle. As-tu, traître, oublié mon serment, dis ?
ACHILLE
Comment ?
Est-ce à moi de garder pour vous votre serment ? Me voilà donc alors un serviteur commode Dont quelqu'un que je sais doit se donner la mode !
GEORGE
Vienne la mode aussi d'un fidèle valet !
ACHILLE
Voyons, votre serment, cher maître, s'il vous plaît,
(// fait un mouvement de sa canne.) Que de vous digne en ça, je le sois pour le reste.
GEORGE
Que s'il ne te souvient de l'affaire funeste Dont le sanglant éclat nous éloigna d'ici. Le remords m'en fait, moi, souvenir, dieu merci ! Combien de fois depuis j'ai maudit cette épée Dans le sang d'un ami par mon crime trempée ! Nous nous aimions de coeur. Le stupide destin En champ clos a 7oulu nous voir un beau matin. Beau matin ! car jamais, à l'heure où l'oiseau chante, La nature au réveil ne parut plus touchante ;