ACTE II, SCÈNE VII
Maître, j'en suis honteux, ce duel est mon premier.
Lorsque mon champion en est à son millier.
Et j'ai peur, en un mot, de mon trop de vaillance.
Donc je courais auprès de votre expérience,
Lui demander conseil et comment suppléer
A ce courage lâche et quil a du métier.
BRiSEFER, à part.
Il me vient demander cette botte secrète !
BELOISON.
Pour la leçon qu'il veut ma main est toute prête. Mais j ai le sang si chaud que, quand je le tiendrai, C'est, sans votre conseil, moi qui m'enferrerai!
BRISEFER.
Vous enferrer, monsieur! Sang-Dieu! pour mon élève Je vous renie alors, oui, renie, ou je crève! Tierce et quarte! c'est moi qui suis déshonoré, Si je connais pour mien un élève enferré!
BELOISON.
Quel est donc le moyen qu'un maître me conseille?
BRISEFER, à part.
Ou la bourse, mon brave, ou bien la sourde oreille!
{haut.) Monsieur, vous le savez et je vous l'ai fait voir. L'art Consiste à donner et ne point recevoir, Et ce mot que croit drôle un farceur de Molière, Je vous l'ai dit cent fois, mais d'une autre manière : — Toucher, ne l'être point. — Or, pour ne l'être point, Il s'agit de parer ; et quant à l'autre point, Il suffit d'attaquer. Raison démonstrative.
BELOISON.
Lequel des deux \aui mieux, tenir la défensive Ou pousser l'offensive ?
Eh ! première leçon.
Qui touche le premier, le premier a raison.
52 LE POINT d'honneur.
Et c'est pourquoi, monsieur, je dis que l'offensive Vaut, à le prendre ainsi, mieux que la défensive. Mais, d'un autre côté, quiconque pare bien Des coups de l'agresseur ne doit redouter rien. A le prendre par-là, monsieur, la défensive L'emporte, selon moi, toujours sur l'offensive.
BELOISON.
Mais si je ne le prends ni par-ci ni par-là, Lequel des deux choisir?
BRISEFER.
Lequel il vous plaira.
BELOISON.
Mais qui se voudrait voir bien sûr de son affaire, Quel moyen employer?
BRISEFER.
Il ne m'importe guère.
BELOISON, furieux.
Pardieu! mais pour donner et ne recevoir rien?
BRISEFER.
Employer à la fois l'un et l'autre moyen. Pour ne point recevoir, prenez la défensive ; Pour donner, c'est à vous de prendre...
BELOISON.
L'offensive ! Que ne me dites-vous — un mo^-en bien caché ! — S'il ne faut que parer pour n'être point touché. Qu'il suffit pour toucher l'ennemi, qu'on le touche?
BRISEFER.
Bon ! d'un juste milieu votre honneur s'effarouche. La défensive, vous, que l'on vient provoquer ! Monsieur, je vous comprends : c'est à vous d'attaquer.
BELOISON.
L'attaquer, quand j'en suis à ma première affaire ! Voulez-vous que ce soit moi-même qui m'enferre? Est-ce ainsi, par la mort! que vous voyez le cas? Maitre, je veux toucher et moi ne l'être pas.