‹ ThéatreChapitre 35 sur 183 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

BELOISON, BRISEFER.

Oui, mon cher Brisefer, De ce jour-ci pour moi chaque moment est cher. Ainsi, maître...

BRISEFER.

Monsieur, vous en êtes un autre.

Ma pointe est la servante indigne de la vôtre. Et mon plastron de maître est si blanc de vos coups Que je ne suis bientôt qu'un prévôt près de vous. Mais de tous ces coups-là ma maîtrise en est fiôre.

BELOISON.

Pourtant j'ai bien besoin d'une leçon dernière. Mais il ne s'agit plus de fleuret moucheté : Je me bats !

BRISEFER,

En duel?

BELOISON.

Oui, le sort en est jeté!

Une beauté de qui la faveur singulière Veut que je fasse voir le jour à ma rapière! Le rival, un bretteur, m'a jeté le gant, là. Il ne se battra point. Faux braves ces gens-là! Pourtant s'il se battait? La jalousie est sotte. Maître, disons un mot d'une certaine botte...

50 LE POINT d'honneur.

BRISEFER.

Et bravo! Quand on est, monsieur, fort à ce point, C'est un meurtre pour l'art que ne se battre point. L'homme d'honneur est comme un maitre de musique De qui les doigts, monsieur, se font par la pratique, Ou comme un capitaine allant sur le terrain Par l'usage du sang se faire un cœur d'airain. Ainsi dans les champs -clos où l'appelle l'étude. Des mille coups de l'art il trouve 1 habitude, A tous ses mouvements acquiert de la rondeur, Et s'j fait à la fois la main avec le cœur. Laissons venir alors, monsieur, notre adversaire. Il n'a pas la pratique au sang-froid nécessaire : Fort bien! nous allons rire, et ce désespéré Le voilà, comme une oie à la broche, enferré!

BELOISON.

Maître, que vous devez vous sentir de courage! Que vous avez sur nous un terrible avantage ! C'est par routine, vous, que vous avez du cœur, Et c'est votre métier d'être toujours vainqueur!

BRISEFER.

Bah! cela vient tout seul, monsieur, je vous le jure. Je sais que la première affaire est un peu dure, Et qu'il est un moment où cela donne froid, Lorsqu'une lame nue et qui vous vient tout droit, — Une, deux! — en cherchant pour gaine votre torse...

BELOISON.

C'est bien, maître!

BRISEFER.

Eh! monsieur! quand un homme est de force, Quel courage faut-il? L'art est nul dans le cas Où l'artiste craindrait un sot qui ne l'est pas.

BELOISON.

Eh! c'est moi, palsembleu! que je crains, non pas l'autre! Est-ce que j'ai le sang aussi froid que le vôtre?

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