‹ ThéatreChapitre 44 sur 183 · ACTE in, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE in, SCÈNE II

BRISEFER.

Je suis de votre avis. Merci des compliments, Monsieur, et profitons, s'il vous plaît, des moments. En garde !

{Il présente les fleurets et se met en garde.)

ACHILLE

Doucement. M'avez-vous, comme un drôle, Souffleté? Laissez-moi l'avantage du rôle. A moi le choix de l'arme, et je prends le bâton. En garde!

{Il lève sa canne et se met en garde.)

BRISEFER.

Le bâton ! corbleu ! le tour est bon ! Ah ! vous revendiquez comme vôtre l'insulte De qui le choix de l'arme à mon profit résulte ! Mais aux lois de l'honneur, monsieur, je n'entends rien, Si l'insulte, pardieu ! n'est mon droit et mon bien !

ACHILLE

Mais ce bien est à moi : le voilà sur ma joue!

BRISEFER.

Un soufflet de ma main y tomba, je l'avoue. Le gardant, vous gardiez votre droit d'insulté. Mais ne m'avez-vous pas, à deux fois, souffleté? Par un premier soufflet l'insulte réparée Au second me revient. Votre face est lavée; La mienne ne l'est pas !

ACHILLE, s' approchant .

Ne l'est pas en efi'et.

Faut-il, pour la laver, un troisième soufflet?

Un troisième soufflet! Auriez- vous cette audace?

ACHILLE

Pourquoi non, s'il en faut pour laver cette face?

BRISEFER.

Ah ! vous êtes un lâche !

64 LE poiST d'honneur

ACHILLE

Et vous en êtes deux.

Vous l'êtes par nature el par métier.

BRISEPER.

Tu peux Me dire lâche, moi, professeur de courage?

ACHILLE

Mauvais marchand de tierce et de quarte I

BRISEFER.

J'enrage.

Un péquin outrager un homme comme moi !

ACHILLE

Mon bâton les moût dru, les hommes comme toi.

BRISEFER, montrant son fleuret.

Gare que celui-ci comme un chien ne te perce !

A.CYLfLh'E, montrant son hâton.

Celui-là donnera cent soufflets à la tierce !

BRISEFER, lui envoyant une botte. Tiens !

ACHILLE, faisant sauter le fleuret.

Tiens! As-tu si peur pour ton affreux menton?

BRISEFER.

Un homme comme moi se bat-il au bâton ?

ACHILLE

C'est l'arme habituée à châtier les drôles.

BRISEFER.

Montre-moi donc ton cœur.

ACHILLE

Montre-moi tes épaules.

BRISEFER.

Ouf! je crois qu'il m'insulte!

ACHILLE

Eh! non, coquin, du tout!

BRISEFER.

Eh bien ! tu me paieras tout cela d'un seul coup. En garde !

Page 1