LE PAGE, LE MAJORDOME
Messire Arthur de Munter, beau page, reprenez vos esprits et nous faites le gentil récit de ce qui vous a émerveillé céans. Les soins du commandement dont on me voit revêtu en ce manoir, m'ont privé de ma part du spectacle.
LE PAGE
Ah! la journée sans pareille, monsieur le majordome, et la nuit plus inouïe encore ! Là, dans cette salle, le Livre d'or vivant des Pays-Bas ! Ainsi qu'un bouquet de fleurs rares et superbes aux mains d'une châtelaine, tous les princes de la chevalerie réunis, dans un bal, à toutes les reines de nom et de beauté ! J'ai traversé la galerie et j'en sors comme un homme ivre
LE MAJORDOME
Par la noble jar.etière de la mariée! on s'en aperçoit, camarade : vous prenez le récit par la queue.
LE PAGE
Et que vous dirais-je aussi? Dès l'aube, les fanfares éclatantes, les resplendissantes armures, les chevaux aux allures guerrières, les colliers de la Toison d'or, les mille acclamations de la curiosité populaire ! Puis, la chapelle trop étroite à recevoir la foule brillante! La jeune princesse s'avançant dans sa parure de mariée, mon gracieux seigneur à son côté! Puis, le tournoi, un tournoi où les prix décernés par de blanches mains sont disputés par
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des mains victorieuses à la guerre! Puis, la salle du festin pleine de lumière, de musique et de yoix devisant d'honneur, de bataille et d'amour! Puis, ce bal dont la seule vue vous transporte enchanté au lointain pays des rêves! Que je vous trace le tableau de tout ce que j'ai vu ! Ce sera la tâche des ballades à venir. Dans cent ans, les bonnes gens d'Antoing parleront de la noce d'Hélène deMelun, princesse d'Épinoy, et de Floris de Montmorency, seigneur de Alontigny!
LE MAJORDOME, toumé vevs la salle du bal. Voilà le noble couple. Par la mordieu ! la belle chose qu'une blanche princesse, au soir de sa noce ! Pour moi, je la demanderais un peu plus brune.
LE PAGE
Quoi?
LE M.JlJORDOME.
Rien. Réminiscence personnelle. Certain goût à moi rapporté d'un voyage en certain pays.
LE PAGE
Et quel pays?
LE MAJORDOME
Un paj's chaud, où l'on voit, le soir, des jarrets onduleux répondre à l'appel des castagnettes, et, la nuit, des regards fauves répondre à l'appel des guitares.
LE PAGE
Au moment où leurs mains se sont jointes à l'autel, j'ai très-bien vu une larme mouiller la paupière de l'épousée. Monsieur le majordome, avez vous déjà vu pleurer une princesse?
LE MAJORDOME
Une princesse est une femme, quand elle se marie. A l'instant du conjimgo, elles ont le cœur gros de quelque chose, joie ou peine, et une paupière se mouille. Moi qui vous parle, j'ai vu mii^.ux (pi'une larme amoureuse de princesse, beau page. J'ai vu le sourire mortel d'un roi.