ACTE I, SCÈNE II
EGMONT
Vive Dieu ! messieurs, je pense que c'est douce et plaisante chose aux témoins d'une noce, que regarder les jeux bleus d'une blanche châtelaine, et je pense que c'est chose infiniment plaisante et douce au jeune époux, que regarder le ciel dans les yeux de sa dame.
ORANGE
Est-ce là tout ce que pense aujourd'hui Henri Lamoral ?
EGMONT
Non pas, vive Dieu ! je pense encore qu'il serait un liôte importun, l'ami qui aujourd'hui viendrait dire à Montigny : Adresse tes adieux à ta douce princesse. Il faut, sans retard, partir pour Madrid, où, attendant le bon plaisir du roi Philippe, tu auras le loisir de rêver mains blanches et yeux bleus, sous le catholique regard des dames de la cour!
ORANGE
Est-ce là tout ce que pense le comte d'Egmont?
HORNES
Les voici. Que, pour le moment, ils ignorent de quoi il est question.