SCÈNE IV
Les Mêmes, MONTIGNY, BERGHES.
EBOLI
Sire, les ambassadeurs des Dix-Sept Provinces. LE ROI, souriant.
Ils sont les bienvenus. — Monsieur de Montigny, notre Alcazar est moins jojeux que le château d'Antoing, et nous savons quelles fêtes vous quittez pour nous rendre cette seconde visite. C est pourquoi, à vous d'abord, nous devons témoigner toute notre satisfaction de vous revoir. Elle égale votre sacrifice, monsieur. C'est tout dire.
MONTIGNY
Sacrifice, sire?
LE ROI
Y aurait-il dans la langue galante des chevaliers de nos bonnes Provinces, un autre nom pour l'adieu à leur dame?
MONTIGNY
La mienne m'accompagne, sire.
LE ROI
La séparation en fut-elle moins accomplie dans votre pensée, au premier mot d u message de madame Marguerite, notre impériale sœur ?
MONTIGNY
Le roi sait?...
le roi.
Le roi sait, comme il doit savoir, que c'est le jour de sa noce que M. de Montignj a donné à sa dame le baiser d'adieu ; le roi sait à quel touchant mouvement de
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l'âme d'une mère il doit la visite de la jeune mariée à la cour d'Espagne, et le roi rend grâces à la bonne comtesse de Hornes d'avoir donné à son fils une telle compagne de voyage.
MONTIGNY
Sire, voilà une parole qui ira changer en joie pour ma mère l'amertume de l'éloignement. Pour madame de Montigny, la joie sera d'autant plus entière, qucdéjà la reine a daigné lui exprimer son désir de l'avoir pour hôte à la cour.
LE ROI
Nous sommes jaloux de la reine, monsieur, si la déclaration a été reçue avec la joie que vous dites. Aussi aurons-nous hâte, ce conseil terminé, de réparer le temps perdu par la fièvre que Dieu nous a envoyée. — Monsieur le marquis de Berghes, vous êtes le bienvenu. {Aiix conseillers.) Messieurs, ce sont deux de nos fidèles gouverneurs que vous voyez devant nous.
EBOLi, à part.
Sinistre !
BERGHES
Et nous aurons fidèlement servi notre pays, sire, s'il est vrai que nous n'y retournions qu'aux côtés du souverain impatiemment attendu.
LE ROI
Des dépêches qu'à toute heure nous attendons, pour notre part, de notre sœur Marguerite, hâteront sans doute ce voyage que nous conseille notre cœur paternel.
ALBE, bas, à ceux qui t entourent .
Eboli triomphe !
LE ROI
Cependant il convient que nous prenions, une dernière fois, l'avis de notre Conseil. [Il fait signe aux membres du Conseil de prendre place .) Jusque-là une seule voix, croyons-nous, a conclu en faveur du voyage.