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ACTE n, TABLEAU II, SCÈNE IV

EBOLT.

Cette voix ne sera pas la seule. Je conclus avec le comte de Feria, et je dis : Sire, point d'armée espagnole dans les Provinces, mais le souverain en personne, accompagné de leurs ambassadeurs. Un roi, c'est un juge. S'il porte, d'une main, le glaive, de l'autre, il porte la balance. Le soldat, c'est le glaive, avec le bandeau sur les yeux. Que si cette visite du souverain est repoussée par la belliqueuse ardeur des hommes de guerre, qu'ils nous pardonnent, à nous autres qui voyons froidement les choses, de la vouloir pour deux raisons : parce que tel est le vœu unanime des Pays-Bas et, avant tout, l'intérêt de la monarchie.

ALBE

Et comment les avocats de la paix accordent-ils cet intérêt sacré avec une nouvelle soumission à la révolte? Serait-ce donc que pour eux-mêmes l'heure des paroles n'est point passée? Ah! qu'à ces bourgeois do Fianilre et de Brabant qui parlementent avec les rois, la réponse du roi d'Espagne eut été portée à la pointe de l'épée, et que, pour tout message, une main gantelée leur eût fait rentrer leur premier cri de guerre dans la gorge, je le confesse, le prince d'Eboli et le comte de Feria compteraient ici quelques trophées oratoires de moins. Mais j<i jure que le triomphe de Luther et de Calvin n'aurait pas rempli d'horreur toute la chrétienté. Je jure sur la sainte hostie que le jour n'aurait pas lui où un peuple entier assisterait armé aux prêches, bravant ensemble son Dieu, son roi, la mort. Et que si le moment est venu pour un loyal sujet d'exprimer toute sa pensée, j'ajoute qu'on ne verrait pas les députés ici présents apporter au roi d'Espagne le vœu des infidèles, aussi calmes que s'ils y apportaient l'hommage de leurs Provinces. Assez de concessions, don Philippe, et qu'une bonne armée espagnole marche, dès demain, sur Bruxelles. Le glaive, le glaive, sire! Voilà comment conclut Alvarez de Tolède, en dés-

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accord avec Ruy Gromez, mais fidèle au droit et à l'honneur de la monarchie.

BERGHES

Don Alvarez de Tolède...

Ce n'est pas auprès d'Alvarez de Tolède que sont envoyés par leur pays et par la sœur du roi les députés ici présents. Si nos destinées devaient être pesées à la pointe de l'épée, notre mission serait, en effet, de celles qui commencent alors qu'est passée l'heure des paroles. A la menace d'un soldat resterait ici, pour toute réponse, le cartel d'un peupl ' qui met, lui aussi, son honneur au dessus de toute chose. — Sire, ce qu'il en est advenu, de ces titres d'une nation placés sous la garde de votre foi, un nom, un seul, aura la vertu de le représenter en sa sinistre lueur. L'Inquisition a planté son étendard sur notre terre, et le premier bûcher allumé a emporté aux vents, ainsi que la poussière d'un criminel, tous ces droits nés avant nous que nous tenions du temps, de Dieu et des hommes.

LE ROI, à part.

Son souvenir me poursuivrait jusqu'au pied des autels. [A Montigny.) Parlez. Nous écoutons.

MONTIGNY

A quoi bon évoquer tour à tour les fantômes de tant de fiers témoins du passé? Nul de ces droits morts au soufile d'un moine qui n'eût coûté jadis et ne coûte de nouveau le sang d'une génération. De sorte, don Philippe, que mieux voudrait pour chacune de nos cités avoir soutenu l'assaut dune arméf' ennemie. Là, on se rencontre face à face, homme contre homme, fer contre fer. Avec le vaincu, tombent la colère du combat et l'épée du victorieux. Alors, merci est accordée aux désarmés. Car alors, la loi de guerre est vaincue par la loi d'humanité. Le soldat de la veille n'est pas le bourreau du lendemain.

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